Alors que la crise migratoire et humanitaire continue de s’aggraver en Haïti, une nouvelle réunion entre le ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) met en lumière une réalité de plus en plus préoccupante : l’incapacité persistante de l’État haïtien à assumer ses responsabilités fondamentales, laissant aux organisations internationales le soin de gérer des enjeux pourtant régaliens.
Officiellement, les discussions ont porté sur la gestion des déplacés internes, les migrants de retour et la coordination des actions. Mais derrière ce langage diplomatique, une évidence s’impose : ce sont encore une fois les partenaires internationaux qui définissent, structurent et impulsent les réponses à la crise. L’État, lui, semble cantonné à un rôle d’accompagnement, voire de spectateur.
Depuis plusieurs années, la gestion des crises en Haïti — qu’elles soient sécuritaires, humanitaires ou migratoires — repose largement sur l’intervention des ONG et des institutions internationales.
La rencontre entre la ministre Sandra Paulemon et les responsables de l’OIM, dans le prolongement des échanges tenus le 15 avril à Washington, illustre cette dépendance chronique. Les priorités, les mécanismes d’enregistrement des déplacés, les stratégies de réinsertion : tout semble passer par des cadres définis avec, et souvent par, ces organisations.
Cette situation soulève une question fondamentale : Où est l’État haïtien ? Car si la coordination avec les partenaires est essentielle, elle ne peut pas se substituer à une véritable politique publique nationale, portée et mise en œuvre par des autorités responsables et capables.
Le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé est particulièrement pointé du doigt pour son manque de leadership sur ces dossiers cruciaux. En l’absence d’initiatives fortes et d’actions concrètes, il laisse s’installer une gouvernance de substitution où les ONG occupent un espace que l’État abandonne progressivement. Cette réalité fragilise non seulement la souveraineté du pays, mais aussi la capacité à construire des solutions durables, adaptées aux réalités locales.
Pendant que des milliers de personnes déplacées vivent dans des conditions précaires et que des migrants continuent de rentrer dans un pays incapable de les accueillir dignement, les réponses restent fragmentées et largement externalisées. Les annonces de plans, de coordination et de priorités peinent à se traduire en actions visibles sur le terrain.
Au-delà des discours et des réunions, c’est une refondation de l’action publique qui s’impose. Haïti ne peut pas continuer à déléguer indéfiniment ses responsabilités à des acteurs externes.
L’État doit reprendre l’initiative, définir une vision claire et surtout agir. Sans cela, les ONG continueront de faire ce que l’État ne fait plus — gouverner dans l’urgence.
Rédaction: Zantray News Haïti