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PAPAIR : entre autosatisfaction officielle et résultats largement insuffisants

Derrière les discours rassurants et les déclarations convenues, la quatrième réunion du Comité de pilotage du Programme d’Appui à la Productivité de l’Agriculture et de la Pêche et à l’Amélioration des Infrastructures Rurales d’Accès aux Marchés (PAPAIR) révèle surtout un projet en fin de course, loin d’avoir tenu ses promesses.

Organisée en grande pompe sous le patronage des plus hautes autorités du ministère de l’Agriculture, cette rencontre dite « stratégique » a surtout servi de vitrine pour un exercice d’autosatisfaction, alors même que les chiffres communiqués traduisent des retards évidents et des objectifs inachevés.

Des résultats loin des ambitions affichées

Lancé en 2022 et censé transformer durablement les conditions de production agricole et de pêche, le programme n’a atteint qu’une partie limitée de ses cibles. Sur 21 819 agriculteurs visés, seuls 15 600 ont été touchés à ce jour. Autrement dit, plusieurs milliers de bénéficiaires potentiels restent en marge à quelques mois de la fin prévue du projet.

Le constat est encore plus préoccupant du côté de la formation : à peine 947 apprenants sur les 3 300 attendus ont intégré les dispositifs prévus. Ce chiffre, difficilement défendable, met en lumière un sérieux déficit dans le déploiement des activités essentielles au renforcement des capacités.

Une prolongation qui ressemble à un aveu d’échec

Face à ces retards, les discussions en cours pour prolonger le programme apparaissent moins comme une opportunité que comme un aveu implicite d’incapacité à respecter les délais initiaux. Présentée comme une démarche de « consolidation des acquis », cette éventuelle extension semble surtout destinée à rattraper un calendrier mal maîtrisé.

Le fait que des chantiers soient encore en cours à l’approche de la clôture du projet pose inévitablement la question de la planification et de la gestion globale du programme.

Des infrastructures au compte-gouttes

Les réalisations sur le terrain, mises en avant par les responsables, peinent à convaincre. L’installation de 336 parcelles agricoles et la réhabilitation d’une vingtaine de bureaux communaux restent modestes au regard des besoins structurels du secteur agricole haïtien.

Même constat du côté des infrastructures routières : seulement 24 kilomètres de pistes rurales réhabilités dans deux départements. Un chiffre dérisoire face à l’ampleur du désenclavement nécessaire pour soutenir réellement la production et l’accès aux marchés.

Un discours officiel déconnecté des réalités

Malgré ces résultats mitigés, les responsables du programme et leurs partenaires financiers continuent de dresser un bilan « globalement positif ». Une appréciation qui contraste fortement avec les données présentées et qui soulève des interrogations sur les critères d’évaluation utilisés.

Les déclarations de satisfaction répétées, tant du côté du ministère que des partenaires internationaux, donnent l’impression d’un décalage préoccupant entre la communication institutionnelle et la réalité du terrain.

Des décisions tardives et peu ambitieuses

Les résolutions adoptées lors de cette réunion — renforcement des capacités, meilleure implication des structures locales, encadrement des semences — relèvent davantage de mesures correctives tardives que d’une véritable stratégie proactive.

Le fait que ces priorités émergent à la fin du programme interroge sur leur absence ou leur insuffisance durant les premières années de mise en œuvre.

Une gouvernance à questionner

La nécessité de faire prendre en charge par le ministère le personnel formé par le projet souligne également un problème de durabilité. Si cette question n’a pas été anticipée dès le départ, elle révèle une faiblesse structurelle dans la conception même du programme.

De même, l’insistance sur une « implication accrue » des directions départementales laisse entendre que leur rôle n’a pas été pleinement assumé jusqu’ici, ce qui pose la question de la coordination institutionnelle.

Conclusion : un programme à la croisée des chemins

Au terme de cette réunion, une réalité s’impose : le PAPAIR, malgré quelques avancées ponctuelles, n’a pas produit l’impact structurel attendu. Derrière les chiffres présentés et les visites de terrain soigneusement orchestrées, le bilan reste fragile, incomplet et largement en deçà des besoins.

La possible prolongation du programme offrira peut-être une seconde chance. Mais sans une remise en question profonde de sa gouvernance, de sa planification et de ses priorités, elle risque surtout de prolonger les mêmes insuffisances sous une nouvelle échéance.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com

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