À grand renfort de réunions, de comités et de déclarations d’intention, le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE) et le Système des Nations Unies affichent une mobilisation autour d’un énième programme de stabilisation et de relance économique, censé répondre à l’urgence nationale. Pourtant, derrière ce discours bien huilé, dominé par des promesses de « résultats visibles » et d’actions « rapidement déployables », se dessine surtout une mécanique bureaucratique lourde, où les cadres stratégiques, les rapports à mi-parcours et les structures de pilotage semblent prendre le pas sur des mesures concrètes immédiates.
Réunis le 4 mai 2026 à Port-au-Prince, la ministre Sandra Paulemon et plusieurs hauts responsables du MPCE, aux côtés de la coordonnatrice résidente des Nations Unies, Nicole Kouassi, ont multiplié les échanges autour d’une série de dispositifs déjà bien connus : cadre global de coopération, PeaceBuilding Fund (PBF), Plan stratégique de développement d’Haïti (PSDH) ou encore Programme d’action de Doha. Une accumulation de mécanismes qui, loin de rassurer, soulève des interrogations sur la capacité réelle de ces instances à produire autre chose que des engagements théoriques.
Le programme présenté se veut ambitieux : retour sécurisé des citoyens dans leurs quartiers, reprise de la scolarité, amélioration de l’accès à l’eau potable et relance du tissu économique. Mais ces objectifs, répétés à maintes reprises dans les politiques publiques, restent conditionnés à des financements « coordonnés, prévisibles et rapidement déployables » — une formule qui trahit en creux l’absence de garanties concrètes sur leur disponibilité et leur efficacité.
Plus frappant encore, la reconnaissance explicite par la ministre elle-même que les autorités « n’ont pas le luxe du temps » et que la population « ne peut plus attendre ». Une déclaration qui sonne comme un aveu d’impuissance face à l’urgence, alors même que les discussions s’enlisent dans des considérations de gouvernance, d’alignement stratégique et d’harmonisation technique entre institutions.
Le pilotage du programme, confié à la Primature avec une coordination technique du MPCE et un ancrage budgétaire assuré par le ministère de l’Économie et des Finances, ajoute une couche supplémentaire à une architecture déjà complexe. Une multiplication des niveaux de responsabilité qui pourrait, au lieu d’accélérer l’action, diluer les responsabilités et ralentir davantage la mise en œuvre.
Même les critères de ciblage — vulnérabilité, pression sécuritaire, potentiel économique — restent vagues et ouvrent la porte à des interprétations larges, sans garantie de priorisation efficace. Les zones urbaines fragilisées, les corridors frontaliers et les bassins agricoles sont évoqués, mais sans précision sur les modalités concrètes d’intervention.
Enfin, l’insistance répétée des responsables sur la nécessité de produire des résultats « tangibles, visibles et mesurables » met en lumière un paradoxe : si ces exigences doivent être constamment rappelées, c’est précisément parce qu’elles ont jusqu’ici fait défaut. Derrière les avancées annoncées sur les mécanismes de gouvernance et l’« alignement stratégique », c’est surtout l’absence de résultats palpables qui continue de marquer les initiatives similaires.
En somme, cette nouvelle mobilisation du MPCE et du Système des Nations Unies donne l’impression d’un exercice de coordination institutionnelle supplémentaire, où l’urgence sociale et économique est reconnue, mais toujours renvoyée à des processus, des cadres et des promesses dont l’efficacité reste, une fois de plus, à démontrer.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com