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Pistes rurales : des réalisations minimes présentées comme des avancées majeures

Dans une tournée soigneusement médiatisée du 8 au 10 avril 2026 dans le Grand Nord, le ministre de l’Agriculture Marcelin Aubourg s’est livré à une évaluation des travaux de réhabilitation de pistes rurales. Officiellement, il s’agit de constater des “avancées” dans le cadre du Programme d’appui à la productivité agricole et à l’amélioration des infrastructures rurales (PAPAIR), financé par la Banque interaméricaine de développement et l’État haïtien. Mais derrière cette communication bien huilée, plusieurs éléments soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la portée réelle de ces interventions.

Des chiffres qui peinent à convaincre

À Sainte-Suzanne, présentée comme un axe prioritaire, les réalisations mises en avant apparaissent étonnamment modestes au regard des ambitions affichées. Sur plus de 14 kilomètres de routes rurales, les travaux se limitent notamment à 900 mètres de décapage, 60 mètres de mur de soutènement et seulement 50 mètres de chaussée en béton hydraulique pour le tronçon Sainte-Suzanne–Sarazin.

Ce décalage entre l’étendue des axes concernés et la faiblesse des réalisations concrètes interroge : peut-on sérieusement parler de réhabilitation structurante avec de telles proportions ? La situation est similaire sur le tronçon Sainte-Suzanne–Foulon, où quelques dizaines de mètres de murs et quatre ouvrages de drainage sont présentés comme des avancées majeures.

Plus troublant encore, le ministre lui-même a dû recommander des corrections et prolongements des ouvrages réalisés, reconnaissant implicitement que les travaux en cours sont incomplets, voire insuffisants pour garantir leur durabilité.

Un “chantier avancé” qui révèle surtout l’ampleur du retard

La visite du tronçon Carrefour Lory – Bakiny, long de 8,6 kilomètres dans les communes de Milot et de la Plaine du Nord, est présentée comme un exemple de réussite. Pourtant, là encore, les chiffres racontent une autre histoire.

Si les travaux de terrassement sont achevés et 7 kilomètres de chaussée en terre battue remis en état, les éléments structurants restent limités : 153 mètres de chaussée en béton, quelques ouvrages de drainage, et des aménagements ponctuels. Autrement dit, une grande partie de l’infrastructure reste vulnérable, notamment face aux intempéries.

Le fait même que des recommandations supplémentaires aient été formulées concernant le drainage et les risques d’inondation souligne une réalité préoccupante : les travaux dits “avancés” ne semblent pas encore répondre aux exigences minimales de résilience.

Une rhétorique de la sécurité alimentaire déconnectée du terrain

Le ministère de l’Agriculture (MARNDR) insiste sur l’impact de ces projets en matière de sécurité alimentaire : réduction des coûts de transport, diminution des pertes post-récolte, amélioration de la distribution.

Mais ces bénéfices restent pour l’instant largement théoriques. Rien, dans les données présentées, ne permet d’évaluer concrètement l’effet réel de ces travaux sur la vie des agriculteurs. L’écart entre les objectifs stratégiques annoncés et les réalisations visibles sur le terrain laisse penser que la communication précède largement les résultats.

Une opération de communication plus qu’une transformation structurelle ?

La tournée ministérielle, relayée par plusieurs institutions dont la Primature et le Ministère de l’Environnement, donne l’image d’un État à l’œuvre. Pourtant, elle met surtout en lumière une approche fragmentée, faite d’interventions ponctuelles, de métriques limitées et de chantiers encore inachevés.

À défaut d’une vision claire, cohérente et mesurable à grande échelle, ces initiatives risquent de rester des opérations vitrines. La multiplication de petites réalisations dispersées ne saurait remplacer une véritable politique d’infrastructures rurales capable de transformer durablement les conditions de production agricole.

En définitive, cette tournée dans le Grand Nord révèle moins des “progrès” qu’un problème structurel : celui d’un développement annoncé avec emphase, mais dont les résultats, eux, restent désespérément modestes.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com

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