Une nouvelle polémique secoue le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF). Dans une note de position rendue publique le 8 mai 2026 à Carrefour, le Mouvmann Fanm Vizyonè D’Ayiti (MOFAVIDA) a vivement dénoncé la nomination d’un homme à un poste stratégique au sein de cette institution étatique dédiée à la promotion des droits des femmes et du leadership féminin en Haïti. À travers une déclaration particulièrement ferme, l’organisation féministe parle d’une « contradiction institutionnelle flagrante » et accuse les autorités de fragiliser davantage la crédibilité d’un ministère déjà confronté à de nombreuses critiques.
Pour MOFAVIDA, cette décision constitue bien plus qu’une simple nomination administrative. Elle symbolise un profond malaise politique et institutionnel dans un pays où les femmes continuent de lutter pour accéder aux espaces de pouvoir et de représentation. « Confier à un homme un espace créé précisément pour corriger les inégalités subies par les femmes, c’est reproduire, au cœur même du mécanisme correctif, la logique d’exclusion qu’il est censé combattre », affirme l’organisation dans un texte au ton incisif.
Le mouvement rappelle que le Ministère à la Condition Féminine n’a pas été créé comme une simple structure bureaucratique, mais comme un instrument de réparation historique destiné à renforcer la participation des femmes dans les sphères décisionnelles et à combattre les discriminations structurelles. Selon MOFAVIDA, cette mission fondamentale est aujourd’hui mise à mal par des choix politiques jugés incohérents avec les principes mêmes qui ont conduit à la création du ministère.
Dans sa déclaration, l’organisation s’appuie également sur des références juridiques nationales et internationales pour soutenir sa position. MOFAVIDA souligne notamment que l’article 17.1 de la Constitution haïtienne ainsi que le décret fondateur du ministère sont sans équivoque : le MCFDF doit servir prioritairement la promotion du leadership féminin et la défense des droits des femmes. À cela s’ajoutent les engagements internationaux d’Haïti, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), qui impose à l’État haïtien de corriger activement les déséquilibres structurels touchant les femmes et non de les perpétuer.
Pour le mouvement féministe, cette nomination envoie un signal extrêmement négatif à la société haïtienne. Alors que les femmes demeurent largement sous-représentées dans les postes de direction publique et continuent de subir violences, discriminations économiques et marginalisation politique, voir un homme occuper un espace stratégique au sein du ministère chargé précisément de défendre leurs intérêts apparaît, pour plusieurs militantes, comme un recul inquiétant.
MOFAVIDA évoque également les recherches en gouvernance féministe et en politiques publiques de genre qui démontrent que les politiques liées aux droits des femmes deviennent plus efficaces lorsque les femmes disposent d’un réel pouvoir de décision au sein des institutions concernées. Selon l’organisation, cette nomination affaiblit considérablement la crédibilité du ministère et remet en cause la volonté affichée de l’État de promouvoir véritablement le leadership féminin.
Dans un contexte déjà marqué par des critiques visant la gestion de la ministre Pedrica Saint-Jean, cette nouvelle controverse risque d’accentuer la fracture entre le MCFDF et plusieurs organisations féministes du pays. Pour certaines observatrices, cette affaire révèle un ministère de plus en plus déconnecté des revendications réelles des femmes haïtiennes.
MOFAVIDA exige ainsi le retrait immédiat de cette nomination et la désignation d’une femme compétente à ce poste stratégique. Le mouvement insiste toutefois sur le fait que sa position ne constitue pas une opposition aux hommes dans les luttes féministes. « Les hommes sont des alliés indispensables, mais l’alliance ne signifie pas la substitution », rappelle fermement l’organisation. Pour MOFAVIDA, les espaces institutionnels conçus pour réparer des siècles d’injustices structurelles ne peuvent être confisqués aux femmes sans provoquer une profonde incohérence politique et morale.
À travers cette prise de position musclée, l’organisation féministe lance un avertissement clair aux autorités haïtiennes : la défense des droits des femmes ne peut être réduite à un simple discours politique. Elle exige des actes cohérents, des choix courageux et une volonté réelle de placer les femmes au centre des mécanismes de décision.
Rédaction : Zantray News Haïti