Alors que la précarité atteint des niveaux alarmants dans plusieurs régions du pays, l’annonce de la distribution de 10 000 kits alimentaires par le Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST), via le Fonds d’Assistance Économique et Sociale (FAES), soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de solutions durables.
Lancée le 26 avril 2026, cette opération cible environ vingt zones des départements du Nord et du Nord-Est. À Sainte-Philomène, 500 familles ont effectivement reçu une aide ponctuelle. Mais derrière ces chiffres, l’initiative apparaît surtout comme une intervention limitée face à l’ampleur des besoins. Dix mille kits pour une population vulnérable se comptant en centaines de milliers — voire davantage — relèvent davantage du symbole que d’une véritable politique sociale structurée.
La forte présence de hauts responsables étatiques, dont le ministre Marc-Elie Nelson, entouré de cadres du FAES et de la Caisse d’Assistance Sociale, donne à cette distribution un caractère hautement protocolaire. Cette mise en scène institutionnelle contraste avec la réalité quotidienne des bénéficiaires, confrontés à une insécurité alimentaire chronique qui ne saurait être résolue par une aide ponctuelle.
Le gouvernement affirme placer « la protection des couches les plus vulnérables au cœur de l’action publique ». Pourtant, aucune précision n’est apportée sur la pérennité de ces interventions ni sur des mesures structurelles visant à réduire durablement la pauvreté. Sans stratégie claire d’accompagnement à long terme, ces distributions risquent de s’inscrire dans une logique d’assistance répétitive, incapable de rompre le cycle de dépendance.
Par ailleurs, l’extension annoncée du programme vers le Grand Sud, dans le cadre du projet PSARA – Klere Chimen financé par la Banque mondiale, soulève une autre interrogation : celle de la dépendance croissante aux financements externes pour assurer des services sociaux de base. Cela met en lumière l’absence d’une politique nationale autonome et cohérente en matière de protection sociale.
En définitive, cette opération, bien que présentée comme un geste de solidarité, illustre surtout les limites d’une réponse fragmentaire face à une crise multidimensionnelle. Sans réforme structurelle, sans vision à long terme et sans mécanismes transparents d’évaluation, ces distributions risquent de rester des actions ponctuelles à forte portée médiatique mais à faible impact réel.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com