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Haïti–Mexique : l’équité proclamée face aux déséquilibres persistants

La rencontre tenue le 13 avril 2026 entre le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, et l’ambassadeur du Mexique en Haïti, Jesús Cisneros, est présentée comme une avancée majeure vers une coopération commerciale « équitable ». Pourtant, derrière les formules diplomatiques soigneusement calibrées, le contenu réel de ces échanges soulève davantage de questions qu’il n’apporte de réponses.

D’emblée, le discours officiel met en avant une « dynamisation des relations commerciales bilatérales ». Mais aucune donnée concrète n’est avancée pour démontrer en quoi cette coopération serait réellement bénéfique pour Haïti, ni comment elle corrigerait les déséquilibres structurels qui caractérisent depuis longtemps ses échanges internationaux. Parler d’importation et d’exportation sans évoquer la faiblesse chronique de la production nationale relève davantage de la rhétorique que d’une stratégie économique crédible.

Plus préoccupant encore est l’insistance sur la « diversification des partenariats économiques », appuyée notamment par des dispositifs préférentiels comme la loi HELP. Si cette orientation peut sembler pertinente sur le papier, elle masque mal une dépendance persistante à des mécanismes extérieurs, dont l’efficacité réelle pour renforcer la résilience de l’économie haïtienne reste largement contestable. Diversifier sans renforcer les capacités internes revient à multiplier les dépendances plutôt qu’à les réduire.

Le secteur textile, une fois de plus érigé en « levier stratégique », illustre parfaitement cette contradiction. Présenté comme une source potentielle de création d’emplois et de relance industrielle, il repose en réalité sur une logique de main-d’œuvre à bas coût et de sous-traitance. L’évocation des « complémentarités » entre Haïti et le Mexique en matière de savoir-faire et de main-d’œuvre sonne creux : elle évite soigneusement d’aborder la question de la valeur ajoutée captée localement, qui demeure marginale.

Quant aux initiatives gouvernementales, telles que la création de huit incubateurs d’entreprises dans le cadre des programmes PAEF, PAPEJ et PIDE, elles sont brandies comme des preuves d’un engagement en faveur de l’entrepreneuriat. Toutefois, aucune précision n’est donnée sur leur financement, leur mise en œuvre effective ou leur impact réel. Ces annonces répétées risquent de rejoindre la longue liste des projets institutionnels qui peinent à dépasser le stade de la communication.

Enfin, la volonté affichée d’attirer les investissements mexicains en Haïti soulève une interrogation fondamentale : dans quelles conditions ces investissements seront-ils réalisés ? Sans cadre clair garantissant des retombées économiques locales significatives, cette ouverture pourrait davantage profiter aux investisseurs étrangers qu’à l’économie nationale.

En somme, cette rencontre, présentée comme une avancée stratégique, semble surtout illustrer une continuité dans les politiques économiques : beaucoup de promesses, peu de garanties, et une absence persistante de vision structurelle. Derrière le vocabulaire de la coopération et du développement, le risque est grand de voir se perpétuer un modèle économique déséquilibré, où Haïti reste cantonnée à un rôle périphérique.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com

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