La communication officielle se veut rassurante, presque triomphale. La ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, aurait eu un « très bel échange téléphonique » avec son homologue canadienne Anita Anand. Mais derrière cette formule convenue, une question s’impose : que reste-t-il réellement de ces discussions, au-delà des mots soigneusement choisis pour la galerie ?
Le gouvernement haïtien s’est empressé de saluer l’appui « constant » du Canada, chiffré à plus de 450 millions de dollars. Une somme considérable, certes, mais dont l’efficacité réelle mérite d’être interrogée. Depuis des années, l’aide internationale afflue, tandis que la situation sécuritaire et humanitaire du pays ne cesse de se dégrader. Où sont les résultats concrets ? Comment expliquer qu’un tel investissement n’ait pas permis d’endiguer durablement la violence ni de stabiliser les institutions ?
Plus troublant encore, cet appui inclut le soutien au déploiement d’une force de répression des gangs. Là encore, le discours officiel insiste sur la « sécurité », mais évite soigneusement de dresser un bilan transparent de ces initiatives. La population haïtienne, elle, continue de vivre dans la peur, sans amélioration tangible de son quotidien. Faut-il y voir un énième programme international déconnecté des réalités locales ?
Les deux parties affirment également leur engagement en faveur d’élections « crédibles ». Une promesse répétée à maintes reprises ces dernières années, sans jamais se concrétiser. Dans un contexte d’insécurité persistante et d’institutions fragilisées, cette déclaration sonne davantage comme une incantation diplomatique que comme une perspective réaliste.
Enfin, il est difficile de ne pas relever le décalage entre la tonalité enthousiaste du communiqué et la gravité de la situation en Haïti. Parler de « très bel échange » dans un tel contexte peut apparaître, au mieux, comme une maladresse, au pire, comme une tentative de masquer l’absence de progrès réel.
Au final, cette communication officielle soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Derrière les formules diplomatiques et les chiffres impressionnants, c’est l’efficacité de la coopération internationale et la crédibilité des engagements politiques qui restent profondément en doute.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com