Dans un contexte national marqué par la rupture progressive entre les jeunes générations et la terre, la septième édition du festival « Goûter Littéraire » s’impose comme un acte culturel fort, militant. Placée sous le thème évocateur « Combite et Littérature », cette initiative portée par Sant Kiltirèl Lawouze ambitionne de réconcilier deux univers que l’école haïtienne a longtemps contribué à opposer : la connaissance académique et la paysannerie.
Réalisé par des jeunes, pour des jeunes haïtiens, le festival prend racine dans la commune de Lascahobas, là même où se situe ce centre culturel engagé, véritable foyer de réflexion et d’action au service de la jeunesse. Cette dimension générationnelle renforce la portée du projet : il ne s’agit plus seulement de parler aux jeunes, mais de leur donner les moyens d’agir, de penser et de reconstruire leur rapport à la terre et à leur identité.
Prévu pour les mois de mai et juin, le festival se déploiera dans plusieurs communes stratégiques du pays, notamment Lascahobas, Belladère, Hinche et Pignon, affirmant ainsi une volonté claire de maillage territorial et d’impact direct au cœur des communautés.
Une fracture historique à combler
Depuis des décennies, un imaginaire collectif s’est imposé en Haïti : réussir, c’est quitter la terre. L’école, censée former et élever, a souvent été perçue comme un moyen d’évasion du monde rural plutôt qu’un levier de transformation de celui-ci. Résultat : une jeunesse qui déserte l’agriculture, au profit d’activités précaires ou de l’exil, pendant que l’un des piliers économiques du pays s’effondre silencieusement.
Face à ce constat alarmant, le festival ne se contente pas de célébrer la littérature. Il pose un diagnostic sans concession et propose une réponse structurée : réhabiliter la combite, cette pratique ancestrale fondée sur la solidarité, comme socle de reconstruction sociale.
La combite : bien plus qu’une tradition
Née dans les luttes de résistance à l’époque coloniale, la combite incarne une philosophie de vie. Elle est à la fois organisation du travail, expression culturelle et outil de survie collective. Dans les campagnes haïtiennes, elle a longtemps permis aux communautés de surmonter l’adversité, sans dépendre d’un État souvent absent.
Aujourd’hui, cette pratique s’effrite. L’individualisme économique, la précarité et l’urbanisation accélérée menacent cet héritage. Pourtant, la combite demeure une réponse pertinente aux défis contemporains : insécurité alimentaire, désagrégation du tissu social, perte d’identité culturelle.
Une mobilisation nationale portée par la jeunesse
Le festival propose une programmation riche, dynamique et participative, articulée autour d’activités à forte portée éducative et culturelle :
- Ateliers de formation pour renforcer les compétences des jeunes ;
- Causeries et débats (kozri) autour de la culture, de l’agriculture et de l’identité ;
- Concours et compétitions (konkou) valorisant les talents locaux ;
- Projections de contenus éducatifs et culturels ;
- Spectacles et performances (espektak) mettant en lumière les expressions artistiques haïtiennes ;
- Conférences et formations sur l’agro-écologie et la souveraineté alimentaire ;
- Combites réelles, où élèves et paysans travaillent côte à côte ;
- Foires gastronomiques, célébrant la richesse du patrimoine culinaire haïtien ;
- Soirées traditionnelles, mêlant poésie, musique et mémoire collective.
Un enjeu de survie nationale
Au-delà de son caractère festif, le “Goûter Littéraire” pose une question fondamentale : quelle Haïti voulons-nous construire ? Une société déracinée, tournée vers l’extérieur, ou une nation capable de valoriser ses ressources, ses savoirs et ses traditions ?
En remettant la combite au cœur du débat, ce festival rappelle une vérité essentielle : le développement d’Haïti ne se fera ni uniquement dans les bureaux, ni uniquement dans les discours, mais dans la capacité à recréer du lien, du sens et de la solidarité.
Dans un pays en quête de repères, cette initiative apparaît comme un signal fort. Un appel à revenir à l’essentiel. Un rappel que, parfois, les solutions les plus modernes se trouvent dans les pratiques les plus anciennes.
Et si l’avenir d’Haïti passait, finalement, par un retour intelligent à la combite ?
Rédaction : Zantray News Haïti