Il aura fallu un atelier de deux jours, un hôtel de prestige, une brochette complète de ministres, directeurs généraux, partenaires institutionnels, fédérations de maires et représentants internationaux pour parvenir à une révélation majeure : les collectivités territoriales d’Haïti manquent d’argent.
La scène est solennelle. Le Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, Paul Antoine Bien-Aimé, ouvre officiellement un atelier sur le financement des collectivités territoriales et le développement local. Autour de lui, le Ministre de l’Éducation, le Coordonnateur général de l’OMRH, le Représentant résident du PNUD, les directeurs du MICT, le MEF, le CIAT, les présidents de la FENAMH et de la FENACAH, sans oublier une constellation d’acteurs territoriaux venus de tout le pays. Bref, tout le monde est là pour parler de décentralisation… depuis Port-au-Prince.
Objectif affiché de l’atelier : comprendre pourquoi les collectivités territoriales n’ont toujours pas atteint l’autonomie financière et administrative nécessaire pour assurer leur mission première — fournir des services de base à la population. Une mission pourtant garantie par la Constitution, mais manifestement optionnelle dans la pratique, puisque 90 % des communes et 100 % des sections communales dépendent toujours du Fonds de Gestion des Collectivités Territoriales (FGDCT). Une dépendance qualifiée, avec un sens aigu de la litote administrative, de « ni juste, ni efficace, ni soutenable ».
Moment fort de la rencontre : le plaidoyer du Ministre Bien-Aimé en faveur du « rapatriement » du FGDCT aux collectivités elles-mêmes. « Li lè li tan », a-t-il déclaré, soulignant qu’il n’est peut-être plus opportun que le Ministère de l’Intérieur continue à gérer les fonds… des collectivités. Une idée audacieuse : confier aux collectivités la direction des fonds destinés aux collectivités. Il fallait y penser.
Le président de la FENAMH, le maire Anténord Denoil, a pour sa part rappelé que la décentralisation pourrait éventuellement servir de modèle de développement. Il appelle donc le pouvoir central à transmettre aux collectivités les moyens nécessaires pour fournir les services de base. Une demande modeste : simplement appliquer la Constitution et permettre une autonomie financière « nécessaire ». Il espère, à l’issue de l’atelier, l’adoption de mécanismes et de résolutions. L’espoir, ici, fait clairement partie de l’agenda.
Le Ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Augustin Antoine, est venu rappeler que le sous-financement des collectivités provoque disparités, déclin et inégalités sociales. Une découverte qui mérite d’être saluée pour sa fraîcheur analytique. Il s’attend désormais à une distribution équitable des ressources publiques, condition indispensable à la démocratie participative et au développement local, et invite les acteurs territoriaux à travailler dans ce sens pour relancer l’enseignement public et la vie locale. Là encore, l’attente est soigneusement formulée.
Du côté du PNUD, l’enthousiasme est au rendez-vous. Son Représentant résident, Xavier Michon, se félicite de l’engagement institutionnel autour du financement des collectivités. L’atelier est présenté comme une occasion unique de produire un diagnostic réaliste, de partager de bonnes pratiques régionales et de construire un nouveau modèle de financement. Mieux encore : le PNUD réaffirme son engagement à transformer ces réflexions en actions concrètes, vers un « changement systémique ». Le système, lui, attend toujours.
En conclusion, le financement local est réaffirmé comme pilier de la décentralisation, de la gouvernance démocratique, de la cohésion territoriale et du développement durable et inclusif. Autant de principes fondamentaux soigneusement empilés dans un communiqué, pendant que les collectivités, elles, continuent de dépendre quasi exclusivement d’un fonds centralisé dont tout le monde reconnaît les limites.
Ainsi s’achève cet atelier, riche en diagnostics, en plaidoyers et en engagements. Reste à savoir si, après tant de discours sur l’urgence de donner des moyens aux collectivités territoriales, celles-ci recevront autre chose que des promesses parfaitement décentralisées… dans les mots.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com