Le retrait des véhicules blindés de Saint-Marc vers Port-au-Prince suscite une vive inquiétude dans le département de l’Artibonite, déjà fragilisé par la montée en puissance des groupes armés. Sur le terrain, cette décision est perçue non pas comme une stratégie sécuritaire réfléchie, mais comme un désengagement de l’État face à une population livrée à elle-même.
Dans une région où la peur s’installe, enlever des moyens de défense lourds revient à affaiblir davantage les rares dispositifs de protection existants. Cette orientation est d’autant plus controversée qu’elle intervient dans un contexte marqué par les violences répétées de gangs comme « Kokorat San Ras » et « Gran Grif ».
Ces groupes ne cessent d’étendre leur influence, multipliant les attaques et imposant leur loi dans plusieurs localités. Face à cette réalité, la présence de blindés représentait, pour beaucoup d’habitants, un minimum de dissuasion. Leur retrait est donc interprété comme un signal inquiétant, laissant présager une avancée encore plus rapide des gangs dans la région.
Les propos attribués au directeur général de la Police Nationale d’Haïti (PNH), Vladimir Paraison, viennent renforcer ce malaise. En affirmant que les violences dans l’Artibonite relèveraient davantage de conflits entre habitants que d’actions de gangs structurés, il donne l’impression de minimiser, voire de nier, la gravité de la situation. Une telle lecture des événements semble en décalage total avec les témoignages des populations locales, qui dénoncent des massacres orchestrés par des groupes armés bien identifiés.
Qualifier ces violences de simples « litiges de quartiers » apparaît non seulement réducteur, mais aussi dangereux. Cette interprétation risque de justifier des décisions inadaptées, comme le retrait des blindés, au lieu de renforcer les opérations visant à traquer les gangs et à reprendre le contrôle des zones affectées. Elle soulève également des questions sur la compréhension réelle de la crise sécuritaire par les autorités.
Dans les rues de Saint-Marc, la mobilisation des habitants traduit un profond sentiment d’abandon. En s’opposant au départ des blindés, ils expriment une peur légitime : celle de voir leur territoire tomber entièrement sous le contrôle des groupes armés. Cette réaction populaire met en lumière un fossé grandissant entre les décisions prises au sommet de l’État et les réalités vécues sur le terrain.
Au lieu de retirer des ressources stratégiques, nombreux sont ceux qui estiment que l’État devrait intensifier ses efforts pour neutraliser les gangs et rétablir un climat sécuritaire durable dans l’Artibonite. Sans une réponse ferme et cohérente, le risque est grand de voir cette région basculer davantage dans l’insécurité, renforçant l’idée que certaines zones du pays sont tout simplement abandonnées aux mains des groupes armés.
Rédaction: Zantray News Haïti