Alors que le gouvernement annonce la distribution de plus d’un millier de cartes d’identification en une seule journée dans le cadre de l’opération « Kat ou la », une question centrale s’impose avec acuité : à quoi bon manipuler l’opinion si les conditions sécuritaires minimales pour organiser des élections ne sont toujours pas réunies ?
Les autorités mettent en avant les efforts déployés pour doter les citoyens d’une identité légale sécurisée, présentée comme un préalable indispensable à la tenue d’élections libres et crédibles. À Tabarre et à Canapé-Vert, 1 085 cartes ont été distribuées en une journée, selon les chiffres officiels.
Mais sur le terrain, la réalité est bien plus complexe. Si l’identification est effectivement une condition technique essentielle à tout scrutin, elle ne saurait, à elle seule, garantir la tenue d’élections. En Haïti, l’obstacle majeur reste l’insécurité généralisée.
Des quartiers entiers de la région métropolitaine de Port-au-Prince échappent encore au contrôle de l’État, rendant toute opération électorale matériellement impossible dans ces zones.
Dans ce contexte, la distribution de cartes d’identification apparaît, pour certains observateurs, comme une réponse partielle, voire décalée, face à l’ampleur de la crise. Comment envisager l’installation de bureaux de vote, le déploiement du matériel électoral ou encore la circulation des électeurs dans des zones sous l’influence de groupes armés ?
Le gouvernement insiste sur la nécessité de ne laisser « aucun citoyen en marge du processus démocratique ». Pourtant, dans les faits, des milliers de déplacés internes, ayant fui les violences, peinent déjà à accéder aux services de base, y compris aux centres d’identification.
La question de l’inclusivité, mise en avant, reste donc posée. Une carte d’identification ne garantit pas, en soi, la capacité réelle de voter, surtout lorsque les conditions de sécurité, de mobilité et de confiance dans les institutions font défaut.
L’opération « Kat ou la » s’inscrit aussi dans un contexte de fortes pressions nationales et internationales pour un retour à l’ordre constitutionnel. En mettant en avant des avancées chiffrées, le gouvernement semble vouloir démontrer sa volonté d’organiser des élections dans les meilleurs délais.
Cependant, sans amélioration significative du climat sécuritaire, ces efforts risquent d’être perçus comme une tentative de répondre aux exigences formelles du processus électoral, sans en traiter les fondements réels.
Chaque carte délivrée est présentée comme une avancée vers la démocratie. Mais dans une Haïti marquée par une septième année consécutive de récession et une violence armée persistante, le symbole ne suffit plus.
À ce stade, l’opération « Kat ou la » soulève moins des espoirs qu’elle n’alimente des interrogations sur les priorités réelles du pouvoir.
Rédaction: Zantray News Haïti