Le 23 mars 2026 marque une date noire pour l’administration publique haïtienne. La Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a frappé en plein cœur d’un système pourri en procédant à l’arrestation du directeur de la Direction de l’Immigration et de l’Émigration (DIE), Antoine Jean Simon Fénélon, directement dans son bureau à Delmas 60. À ses côtés, le responsable informatique Jean Oslin Lambert et plusieurs employés ont également été interpellés.
Mais ce qui éclate aujourd’hui dépasse de loin un simple dossier de fraude. C’est un véritable système mafieux qui se dévoile. À la DIE, selon des sources internes, la vente de passeports haïtiens à des étrangers était devenue une pratique organisée, structurée, presque normale. Un business juteux, installé au cœur même d’une institution censée défendre l’identité nationale.
Le plus choquant ? Tout le monde savait. Des employés, des cadres… tous étaient au courant. Et personne n’a parlé. Non pas par peur, mais parce que chacun profitait du système. Chacun avait sa part. Chacun avait son quota. La corruption n’était pas une dérive : elle était devenue une règle.
Antoine Jean Simon Fénélon, décrit comme l’un des pivots de ce réseau, aurait été dénoncé à plusieurs reprises pour des pratiques de collecte d’argent en liquide. Son enrichissement rapide, alimenté par ce commerce illégal, se faisait au vu et au su de tous. Une richesse bâtie sur la vente de l’identité haïtienne elle-même.
De nouvelles révélations viennent assombrir davantage ce scandale déjà explosif. Selon plusieurs témoignages internes, Antoine Jean Simon Fénélon aurait, par jalousie et calcul stratégique, orchestré des manœuvres contre l’ancien directeur Stéphane Vincent. Une hypothèse dérangeante prend alors forme : et si Stéphane Vincent avait été sacrifié dans une guerre interne pour permettre à un système encore plus opaque de prospérer ?
Car derrière les apparences, un nom revenait avec insistance depuis des années : Antoine Jean Simon Fénélon. Décrit en interne comme un acteur central — sinon le véritable chef d’orchestre — d’un réseau de vente de passeports haïtiens à des étrangers, il traînait déjà une réputation lourde de soupçons et de pratiques douteuses.
Des employés parlent sans détour : pour eux, Fénélon n’est pas un simple maillon, mais « le gros poisson » d’un trafic installé depuis plus de six ans. Un système structuré, rentable, et surtout toléré. Pendant que certains étaient exposés, d’autres tiraient les ficelles dans l’ombre, accumulant argent liquide et influence.
Et ce dossier soulève aujourd’hui de sérieuses interrogations. En 2025, l’ancien directeur Stéphane Vincent avait été épinglé par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) pour des faits similaires, impliquant la production frauduleuse de centaines de passeports et des pertes de plusieurs millions de gourdes pour l’État.
Mais à la lumière des nouvelles révélations, une question troublante s’impose : et si cette affaire avait été, en partie, instrumentalisée ? Plusieurs sources internes évoquent des manœuvres orchestrées en coulisses, où Antoine Jean Simon Fénélon aurait joué un rôle déterminant dans l’orientation de l’enquête, afin d’écarter certains acteurs et consolider son emprise sur le système.
Dès lors, les reproches adressés à Stéphane Vincent méritent d’être réexaminés avec rigueur. Car si le système a non seulement survécu, mais s’est renforcé après son départ, cela suggère que le véritable centre de gravité du trafic se situait ailleurs — plus haut, plus structuré, et mieux protégé.
Si ces éléments se confirment, alors il ne s’agirait plus seulement d’un scandale administratif, mais d’une manipulation interne d’une gravité extrême, où rivalités personnelles, corruption et instrumentalisation de l’appareil d’État se mêlent dangereusement.
Ce scandale révèle une faillite totale de l’État. Quand les passeports — symboles de souveraineté — sont vendus comme des marchandises, c’est toute la nation qui est bradée. La DIE n’était plus une institution : elle était devenue une plateforme de trafic.
Aujourd’hui, l’arrestation de Fénélon ne doit être qu’un début. Car la vraie question est brutale : qui contrôlait réellement ce système, et depuis combien de temps ?
L’enquête doit aller jusqu’au bout. Sans compromis. Sans mise en scène. Sans boucs émissaires.
Car ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement un scandale.
C’est la dignité même de l’État haïtien qui est mise en vente.
Rédaction : Zantray News Haïti