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Une récupération politique d’un exploit qui dépasse l’État

À travers un communiqué emphatique publié le 15 janvier 2026, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est félicité de la victoire internationale de Melchie Daëlle Dumornay, sacrée meilleure joueuse de la saison 2025 par la plateforme numérique 433. Si la performance de l’internationale haïtienne est indiscutable et unanimement saluée, le ton et le contenu de cette communication officielle interrogent profondément sur la posture du pouvoir exécutif face à un succès qui doit tout au mérite individuel de l’athlète et à la mobilisation populaire.

Le communiqué insiste lourdement sur la « fierté » du Gouvernement et sur le « rayonnement d’Haïti à l’international », allant jusqu’à présenter l’exploit comme une victoire qui « rejaillit sur tout le pays ». Or, les faits rapportés sont clairs : la distinction a été obtenue à l’issue d’un vote mondial sur une plateforme numérique, porté par l’engagement massif du peuple haïtien, au pays comme dans la diaspora. L’État, lui, n’est mentionné que comme spectateur enthousiaste d’un succès construit en dehors de toute politique publique structurée en faveur du sport ou de la jeunesse.

En soulignant la mobilisation populaire et l’engagement sur les réseaux sociaux, le communiqué reconnaît implicitement que cette victoire est avant tout celle du peuple et de l’athlète, et non le résultat d’un quelconque accompagnement institutionnel. Pourtant, le discours officiel s’approprie la réussite, multipliant les formules lyriques sur « l’unité nationale », « l’espoir » et « l’excellence haïtienne », sans jamais dépasser le registre symbolique.

La déclaration du Premier ministre, qui présente Melchie Daëlle Dumornay comme un « modèle de réussite » prouvant que « malgré les difficultés, l’excellence haïtienne peut s’imposer », sonne davantage comme un aveu que comme un engagement. Elle confirme que les difficultés existent bel et bien, tout en se contentant de les contourner par une célébration verbale, sans la moindre annonce concrète.

Au final, ce communiqué illustre une pratique désormais banale : se greffer à un exploit individuel pour produire un récit national flatteur, sans responsabilité réelle ni perspective durable. Melchie Daëlle Dumornay n’a pas besoin de la rhétorique gouvernementale pour exister sur la scène mondiale. Son talent, sa discipline et le soutien du peuple haïtien ont suffi. Le reste relève davantage de la communication politique que d’un véritable hommage à la hauteur de l’exploit.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com

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