Le gouvernement annonce le départ du Premier ministre pour la 50ᵉ Réunion ordinaire de la Conférence des Chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), placée sous le thème ambitieux : « Aller au-delà des paroles : agir aujourd’hui pour une CARICOM prospère et durable ». Un slogan fort, mais qui met cruellement en lumière l’écart persistant entre les déclarations officielles et les résultats concrets.
La communication gouvernementale énumère les priorités régionales — sécurité, intégration économique, résilience climatique, sécurité alimentaire, coopération politique — sans détailler la moindre proposition précise portée par Haïti. À aucun moment il n’est question d’objectifs mesurables, d’accords en préparation ou d’initiatives spécifiques que le Premier ministre défendra au nom du pays.
Une délégation réduite pour des enjeux majeurs
Le chef du gouvernement sera accompagné d’une délégation qualifiée de « restreinte » : un conseiller spécial, un membre du Cabinet et un agent de sécurité. Cette composition minimaliste contraste avec l’ampleur des dossiers à l’ordre du jour. Comment peser dans des discussions techniques et stratégiques sans une équipe étoffée d’experts capables de négocier, rédiger et défendre des positions solides ?
Le choix d’une délégation aussi limitée alimente l’impression d’un déplacement davantage protocolaire que stratégique.
Diplomatie régionale sous influence
En marge de la conférence, des rencontres bilatérales sont prévues avec « plusieurs dirigeants caribéens » afin de consolider les relations d’amitié et de coopération. Là encore, l’annonce reste vague : aucun calendrier détaillé, aucun projet d’accord, aucune annonce concrète.
Plus révélatrice encore est la réunion prévue avec le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio. La présence d’un haut responsable américain dans l’agenda d’un sommet caribéen souligne une réalité persistante : même dans un cadre régional, Haïti semble évoluer sous l’ombre diplomatique de Washington. Une situation qui interroge sur la capacité du pays à affirmer une voix réellement autonome au sein de la CARICOM.
Réaffirmer, encore
Le communiqué insiste sur la volonté du Premier ministre de « réaffirmer l’engagement ferme » d’Haïti en faveur de la stabilité et de la prospérité partagée. Mais cette rhétorique répétitive commence à lasser. Réaffirmer n’est pas réformer. Renouveler une détermination ne garantit ni résultats ni changements structurels.
Le retour du Premier ministre est prévu dès le 26 février, soit un séjour bref pour des enjeux aussi vastes. Ce calendrier resserré renforce le sentiment d’une participation symbolique, davantage destinée à maintenir une présence diplomatique qu’à enclencher de véritables avancées.
Entre communication et crédibilité
Au final, ce voyage officiel apparaît comme un exercice de communication soigneusement calibré. Les mots sont forts, les intentions affichées ambitieuses, mais les éléments concrets manquent. Dans un contexte où les défis nationaux sont immenses, la diplomatie ne peut se limiter à des communiqués solennels.
Si le thème du sommet appelle à « agir aujourd’hui », les citoyens attendent surtout des preuves tangibles que cette action dépasse le cadre des tribunes internationales et se traduise, enfin, par des bénéfices réels pour Haïti.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com