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Un gouvernement en représentation : quand l’hommage officiel masque le vide de l’action

La mort de Dieudonné Larose, annoncée le 9 janvier 2026, a donné lieu à un communiqué officiel où la Primature de la République d’Haïti prétend rendre un « hommage solennel » à une « icône » de la musique nationale. À la lecture attentive de ce texte, une impression domine pourtant : celle d’un discours compassé, saturé de superlatifs, mais dramatiquement pauvre en sens et en substance.

Tout y est, mécaniquement. La « profonde affliction », la « noblesse de la voix », la « profondeur de l’interprétation », le « symbole du génie créateur de notre peuple ». Chaque formule semble avoir été puisée dans un lexique administratif de l’éloge posthume, sans qu’aucune ne parvienne à dire concrètement ce que fut Dieudonné Larose, ni ce que l’État a réellement fait pour cet artiste de son vivant. L’homme est sanctifié, mais vidé de toute épaisseur réelle.

Plus troublant encore : Dieudonné Larose est mort au Canada, à 80 ans. Le communiqué se garde bien d’interroger cette réalité. Comment ne pas voir le malaise d’un État qui célèbre à grand renfort de mots un « gardien d’un héritage culturel inestimable », tout en passant sous silence le fait que cette figure tutélaire s’est éteinte loin de son pays ? L’« âme d’Haïti » que l’on dit avoir été portée « ici et au-delà de ses frontières » semble surtout avoir trouvé sa fin ailleurs, dans un silence que l’hommage officiel n’ose pas rompre.

La déclaration du Premier ministre, Monsieur Alix Didier Fils-Aimé, s’inscrit dans la même veine : respect, inclinaison symbolique, reconnaissance abstraite. Là encore, aucune parole incarnée, aucun engagement, aucun regard critique sur la condition des artistes haïtiens. L’État salue, s’incline, adresse des condoléances — autant de gestes verbaux qui ne coûtent rien et n’obligent à rien.

La conclusion, enfin, sonne comme une formule automatique : « La Nation perd un grand serviteur de la culture. Son œuvre, elle, survivra au temps. » Cette certitude proclamée contraste violemment avec l’absence totale de réflexion sur la transmission réelle de cette œuvre, sur sa préservation, ou sur la responsabilité de l’État dans cette survie annoncée.

En définitive, ce communiqué donne moins à voir un véritable hommage qu’un rituel institutionnel bien huilé, où la grandeur des mots masque le vide de l’action. Dieudonné Larose mérite sans doute mieux qu’un texte solennel figé dans l’autosatisfaction, mieux qu’un chapelet d’éloges qui, à force d’exagération, finissent par sonner faux.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com

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