À moins de deux semaines de la fin officielle de son mandat, le Conseil présidentiel de transition (CPT) a tenu, à la Villa d’Accueil, une conférence de presse qui ressemble davantage à un aveu d’échec qu’à un acte de gouvernance responsable. Face aux journalistes, les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils ont dressé un constat sans détour : les attentes de la population n’ont pas été satisfaites. Une déclaration lourde de sens, formulée à la veille du 7 février, date butoir de leur mission.
Après des mois passés à « soutenir l’action du gouvernement », selon leurs propres termes, les membres du CPT admettent que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Mais au lieu d’assumer collectivement les conséquences de cet échec, la réponse choisie interroge : la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et son remplacement par un autre membre issu du même gouvernement. Une décision qui sonne comme un simple jeu de chaises musicales, sans remise en question de fond, ni rupture politique claire.
L’argument avancé par Leslie Voltaire — « aider le pays à trouver une meilleure formule » après le départ du CPT — peine à convaincre. Comment un changement de Premier ministre, à quelques jours de la fin du mandat du Conseil, pourrait-il réparer ce que plusieurs mois de transition n’ont pas permis d’accomplir ? La manœuvre apparaît tardive, précipitée et surtout révélatrice d’une gouvernance à vue.
Edgard Leblanc Fils enfonce le clou en annonçant qu’un nouveau chef de gouvernement n’exercera ses fonctions que pendant 30 jours. Trente jours pour « faciliter la transition politique » : l’aveu est brutal. Le pays est sommé de croire qu’une transition déjà jugée décevante pourra être sauvée par un intérim d’un mois, dans un contexte où le CPT lui-même reconnaît le très court laps de temps qui lui reste.
Face aux questions des journalistes, les conseillers-présidents ont tenu à rappeler que la communauté internationale ne peut dicter les décisions à prendre en Haïti. Un rappel de souveraineté qui contraste fortement avec l’incapacité affichée à répondre aux attentes internes. Revendiquer que « les Haïtiens doivent prendre des décisions pour les Haïtiens » sonne creux lorsque ces décisions, prises à la dernière minute, semblent davantage guidées par l’urgence politique que par une vision cohérente de la stabilité nationale.
En définitive, cette conférence de presse laisse l’image d’un Conseil présidentiel en fin de course, conscient de son bilan insuffisant, mais incapable de proposer autre chose qu’un replâtrage institutionnel. À l’heure des comptes, le CPT reconnaît que la population est restée sur sa faim — et confirme, par ses propres choix, qu’il n’a plus ni le temps ni les moyens d’y répondre.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com