« Vivons nos valeurs identitaires ». Le slogan sonne bien. Il flatte l’oreille, évoque fierté et enracinement. Mais derrière cette formule séduisante, que reste-t-il réellement d’une politique cohérente et respectueuse des pratiques culturelles qu’elle prétend promouvoir ?
Le tourisme identitaire est aujourd’hui présenté comme un levier majeur de valorisation culturelle et de dynamisation du secteur touristique en Haïti. On met en avant des lieux emblématiques comme Lakou Badio, Lakou Soukri et Lakou Souvenance, décrits comme des pôles vivants où se rassemblent pèlerins, adeptes et visiteurs autour de pratiques spirituelles ancestrales. Pourtant, cette mise en vitrine pose une question essentielle : s’agit-il d’un véritable engagement envers ces traditions, ou d’une récupération opportuniste à des fins d’image et de communication ?
Lors des rituels traditionnels organisés au Lakou Souvenance, notamment autour du sacré bassin ATYASOU, le Ministère du Tourisme, par la voix de la ministre Stéphanie Smith, réaffirme son engagement à soutenir ces expressions culturelles, qualifiées de « poto mitan » du patrimoine national. Mais cette déclaration, aussi solennelle soit-elle, laisse perplexe. Où sont les actions concrètes, durables, structurées ? Peut-on réellement parler d’accompagnement quand ces espaces continuent, pour beaucoup, de fonctionner avec des moyens limités et une reconnaissance institutionnelle souvent superficielle ?
L’appel lancé à la diaspora et à la jeunesse pour « renouer avec leurs racines » et participer à ces activités sonne, lui aussi, comme une injonction déconnectée des réalités. Comment inviter à un retour aux sources sans garantir des conditions dignes, sans véritable politique d’éducation culturelle, sans protection effective de ces patrimoines face aux dérives de la folklorisation ?
Car c’est bien là le cœur du problème : à force de vouloir transformer ces pratiques spirituelles en produits touristiques, le risque est grand de les vider de leur sens. Le tourisme identitaire ne peut être réduit à une simple stratégie économique ou à une campagne de promotion. Il exige respect, compréhension et, surtout, une implication sincère des communautés concernées.
Certes, soutenir le tourisme domestique peut contribuer à l’économie locale et renforcer une certaine cohésion sociale. Mais ces bénéfices ne doivent pas masquer les contradictions d’une approche qui semble davantage guidée par l’opportunité que par une vision profonde et structurée.
« Ayiti, Rasin ak Nanm ». Encore une formule forte. Mais tant que ces mots ne seront pas suivis d’actions tangibles, ils risquent de rester ce qu’ils sont aujourd’hui : des slogans, brillants en apparence, mais creux dans leur portée réelle.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com