En marge du 10e sommet de la CELAC à Bogotá, la rencontre entre la ministre haïtienne des Affaires étrangères, Raina Forbin, et son homologue colombienne, Yolanda Villavicencio Mapy, aurait pu marquer un tournant concret dans les relations bilatérales. Elle n’a finalement accouché que d’un exercice diplomatique aussi convenu qu’inquiétant par son manque de substance.
Une fois de plus, les autorités haïtiennes se réfugient derrière des formulations vagues et répétitives : « poursuivre la dynamique enclenchée », « obtenir des résultats plus concrets et visibles », « travailler conjointement ». Autant d’expressions devenues des clichés creux, qui traduisent surtout l’incapacité chronique à produire des résultats tangibles. Après deux années de coopération évoquées sans aucun bilan précis, aucune réalisation concrète n’a été mise en avant. Faut-il y voir un aveu d’échec ?
L’annonce d’une nouvelle offre d’appui colombienne au secteur agricole illustre parfaitement cette gestion hésitante. Plutôt que d’engager immédiatement des actions dans un domaine aussi vital pour le pays, la ministre Raina Forbin se contente de promettre de « soumettre » la proposition au gouvernement. Une posture attentiste qui contraste fortement avec l’urgence de la situation agricole nationale. Pendant que les partenaires étrangers formulent des offres, l’État haïtien, lui, tergiverse.
Plus troublant encore est le décalage entre les priorités affichées et les réalités du pays. Alors que la population fait face à des défis majeurs, les discussions ont également porté sur la commémoration des 210 ans de l’arrivée de Simón Bolívar en Haïti. Si l’importance historique de cet événement n’est pas contestable, son évocation dans ce contexte soulève des questions sur le sens des priorités gouvernementales. La diplomatie haïtienne est-elle devenue un exercice symbolique déconnecté des urgences nationales ?
La signature d’une déclaration conjointe pour la création d’une « Commission mixte d’intégration et de coopération frontalière » s’inscrit dans la même logique bureaucratique. Derrière ce nouvel organe, aucune feuille de route claire, aucun calendrier, aucun objectif mesurable. Une structure de plus, sans garantie de résultats, qui risque de rejoindre la longue liste des mécanismes inefficaces.
Enfin, l’engagement d’« instituer un mécanisme de coordination et de suivi » vient clore cette rencontre sur une note tristement familière. Combien de mécanismes similaires ont déjà été annoncés par le passé sans jamais produire d’impact réel ?
Au final, cette réunion illustre une diplomatie haïtienne enfermée dans les déclarations d’intention et les annonces sans lendemain. À défaut d’actions concrètes, les citoyens sont en droit de s’interroger : combien de sommets, de rencontres et de signatures faudra-t-il encore avant que les promesses se traduisent enfin en résultats ?
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com