À deux mois de la Semaine de l’Industrie 2026, le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) affiche de grandes ambitions pour relancer le secteur industriel haïtien. Pourtant, à la lecture de son communiqué, une impression domine : l’événement semble davantage reposer sur une stratégie de communication que sur la présentation de mesures concrètes capables de transformer durablement l’industrie nationale.
Le ministère annonce avoir réuni des représentants des secteurs public et privé à l’hôtel Montana pour préparer une manifestation prévue en septembre. Mais derrière les expressions telles que « co-construction », « concertation », « réflexion » ou encore « valorisation du savoir-faire », le communiqué reste étonnamment discret sur les actions qui découleront réellement de ces échanges.
Aucune nouvelle politique industrielle n’est annoncée. Aucun programme d’accompagnement des entreprises n’est détaillé. Aucun mécanisme de financement, aucune réforme réglementaire, aucun calendrier d’exécution ni objectif chiffré ne sont présentés. L’essentiel du document repose sur des intentions et des déclarations d’engagement.
Le ministre James Monazard affirme vouloir faire émerger des « propositions concrètes » grâce à des panels et des ateliers thématiques. Cette formulation souligne paradoxalement que ces propositions n’existent pas encore. L’événement est présenté comme un point de départ d’une réflexion plutôt que comme l’aboutissement d’une stratégie industrielle clairement définie.
Le communiqué reconnaît lui-même un contexte national marqué par les besoins humanitaires des personnes déplacées et la nécessité de rétablir un climat de sécurité. Cette reconnaissance met en évidence une contradiction importante : le gouvernement souhaite attirer des investisseurs tout en admettant que les conditions fondamentales de stabilité restent un défi majeur. Le texte ne précise pas comment cette contradiction sera surmontée.
Le ministère affirme également vouloir convaincre le public et les investisseurs des capacités productives nationales. Pourtant, aucune donnée économique n’est avancée pour illustrer ces capacités. Aucun indicateur sur la production industrielle, les exportations, les investissements, la création d’emplois ou la compétitivité du secteur n’est fourni pour étayer ce discours.
Le communiqué insiste sur le fait que l’industrie haïtienne ne se limite pas au textile. Cette volonté de diversification est affirmée avec force, mais aucune filière précise n’est présentée comme exemple de réussite ou de potentiel particulier. Le lecteur est ainsi invité à croire à cette diversité sans que le ministère n’en apporte une démonstration concrète.
L’ensemble de la communication repose sur un vocabulaire particulièrement ambitieux : « redynamisation », « partenariat », « relance durable », « environnement plus compétitif », « création d’emplois », « croissance économique ». Pourtant, ces objectifs demeurent déclaratifs. Le communiqué ne fournit aucun engagement mesurable permettant d’évaluer ultérieurement si ces promesses auront été tenues.
Même l’idée de « co-construction », largement mise en avant, reste floue. Le ministère affirme vouloir travailler avec le secteur privé, mais ne précise ni les décisions déjà prises à l’issue de cette première rencontre, ni les responsabilités respectives des différents acteurs, ni les mécanismes qui permettront de transformer les discussions en politiques publiques.
En définitive, ce communiqué présente une vision ambitieuse de l’industrie haïtienne, mais offre peu d’éléments permettant d’apprécier la portée réelle de cette initiative. Entre les promesses de relance, les appels au dialogue et les annonces d’ateliers, les mesures concrètes restent absentes. À ce stade, la Semaine de l’Industrie apparaît davantage comme une vitrine institutionnelle en préparation qu’une réponse tangible aux défis auxquels le secteur industriel est confronté. Les discours sont nombreux, les intentions affichées sont positives, mais le communiqué laisse entière la question essentielle : au-delà de l’événement annoncé, quelles décisions concrètes changeront réellement le quotidien des entreprises industrielles haïtiennes ?
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com