Le communiqué publié le 29 décembre 2025 par la Primature illustre une fois de plus l’écart abyssal entre la gravité de la situation sécuritaire du pays et la légèreté des réponses politiques qui y sont apportées. Sous couvert de « soutien total » à la Police nationale d’Haïti (PNH), le Gouvernement se contente essentiellement d’une mise en scène institutionnelle, riche en symboles, pauvre en résultats tangibles.
La rencontre entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le Directeur général de la PNH, entouré d’unités spécialisées dont la SWAT, est présentée comme un échange stratégique « au front contre les groupes criminels armés ». Pourtant, aucune mesure concrète, immédiate et vérifiable n’est annoncée. On évoque l’identification de « priorités », sans jamais les nommer, et des « réponses immédiates », sans jamais les détailler. Dans un pays où l’insécurité est omniprésente, ce flou ressemble davantage à une fuite qu’à une stratégie.
Le Gouvernement affirme faire de la sécurité la condition préalable à l’organisation d’élections « crédibles, inclusives et transparentes » en 2026. Là encore, la déclaration sonne creux. Rien n’indique comment cette sécurité sera effectivement rétablie, ni comment des élections pourraient être organisées alors que l’État reconnaît lui-même l’emprise persistante de groupes armés sur le territoire. La répétition incantatoire de l’objectif électoral ne remplace pas une politique de sécurité structurée.
Le Premier ministre multiplie les hommages — courage, bravoure, sens du devoir, minute de recueillement — autant de gestes respectables mais révélateurs d’un pouvoir qui préfère saluer les sacrifices des policiers plutôt que de leur garantir les moyens d’éviter d’en faire. Les promesses rappelées, datant du 8 juillet 2025, sur les primes de risque, la couverture médicale en Haïti et à Cuba ou l’accompagnement au logement, restent à l’état d’engagements verbaux. Leur simple « rappel » en décembre pose une question troublante : pourquoi ces mesures ne sont-elles toujours pas effectives ?
Même l’appel solennel à l’unité nationale semble déconnecté de la réalité. Appeler à l’unité sans annoncer de plan clair pour démanteler les groupes armés revient à demander à la population de croire encore, sur parole, à un État qui affirme soutenir « totalement » sa police tout en se limitant à des déclarations.
Ce communiqué, en définitive, ressemble moins à une réponse à l’urgence sécuritaire qu’à un exercice de communication. Face à une crise profonde, le Gouvernement offre des mots, des hommages et des promesses recyclées. Pendant ce temps, la sécurité publique, condition pourtant proclamée indispensable au retour à l’ordre constitutionnel, demeure une perspective lointaine, suspendue à des engagements que rien, dans ce texte, ne permet de juger crédibles.
Mozard Lombard,
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