À l’approche de la saison cyclonique 2025-2026, les autorités haïtiennes affichent une nouvelle fois leur volonté de mieux anticiper les catastrophes naturelles. Pourtant, derrière le communiqué officiel publié à l’issue d’une réunion stratégique, le décalage entre les ambitions proclamées et les réalités du terrain soulève de sérieuses inquiétudes.
Présentée comme une avancée majeure, la réunion tenue sous le leadership du Premier ministre et réunissant plusieurs hauts responsables ministériels n’a accouché que de mesures largement prévisibles, voire répétitives. Le renforcement de la « coordination interinstitutionnelle » est ainsi érigé en priorité, une formule devenue presque rituelle dans les communications gouvernementales, sans que les précédentes tentatives aient démontré une efficacité tangible.
Parmi les décisions annoncées, le renforcement de l’alliance entre institutions étatiques est mis en avant. Mais cette énième promesse de collaboration accrue pose question : pourquoi une telle coordination n’est-elle toujours pas effective alors que les menaces d’inondations sont qualifiées de « récurrentes » par les autorités elles-mêmes ? L’aveu implicite d’un manque de coordination passé est frappant, sans qu’aucune explication ni bilan critique ne soient fournis.
Autre mesure phare : un vaste programme de curage des zones à risque. Là encore, difficile de ne pas voir une réponse tardive à un problème structurel connu depuis des années. Les villes identifiées comme prioritaires — Cap-Haïtien, Les Cayes, Gonaïves et Port-de-Paix — figurent régulièrement parmi les zones les plus vulnérables, souvent durement touchées par les intempéries. Pourtant, l’annonce d’une « cartographie en cours d’élaboration » laisse perplexe : comment justifier qu’un tel outil ne soit pas déjà finalisé dans un pays aussi exposé ?
La création d’une task force interinstitutionnelle, censée intervenir dans les zones critiques comme Petit-Goâve, s’inscrit dans la même logique d’annonces techniques sans calendrier précis ni indicateurs de résultats. L’envoi imminent d’une mission technique conjointe est évoqué, mais sans détails sur les moyens alloués, les délais d’exécution ou les mécanismes de suivi.
Plus largement, le communiqué met en avant l’engagement du ministère des Travaux publics à « jouer un rôle de premier plan ». Une affirmation ambitieuse, mais qui contraste avec les nombreuses critiques récurrentes sur l’état des infrastructures et la gestion des risques dans le pays.
L’objectif affiché — « anticiper, agir et réduire l’impact des catastrophes climatiques » — apparaît en soi incontestable. Mais à la lecture du document, il semble davantage relever de l’intention que d’une stratégie opérationnelle clairement définie.
En définitive, ce communiqué donne l’impression d’un exercice de communication bien rodé, où les mots forts masquent difficilement l’absence de mesures concrètes, chiffrées et immédiatement vérifiables. À quelques semaines du début de la saison cyclonique, la population est en droit d’attendre autre chose que des promesses répétées : des actions visibles, rapides et efficaces.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com