Port-au-Prince, 5 juin 2026 – L’analyste politique Richardson Séraphin tire la sonnette d’alarme face à la crise grandissante qui oppose actuellement le Conseil Électoral Provisoire (CEP) à l’Exécutif. Dans une analyse intitulée « Un CEP pris au piège qui confond le provisoire et la transition », il estime que les récents événements révèlent une profonde confusion quant au rôle véritable de l’institution électorale dans le contexte exceptionnel que traverse Haïti.
Selon lui, la polémique provoquée par la nomination et l’installation d’un directeur général au CEP, ainsi que par la publication du nouveau décret électoral, a rapidement ravivé les luttes d’influence autour de l’organisation des prochaines élections. Derrière les débats juridiques et institutionnels se cacherait en réalité une bataille politique visant à déterminer qui exercera le plus grand contrôle sur le processus électoral.
Richardson Séraphin rappelle que les tensions autour du CEP ne sont pas nouvelles. Il souligne que plusieurs acteurs politiques qui avaient autrefois dénoncé certaines entorses aux principes constitutionnels ont finalement accepté la mise en place du CEP actuel dans le cadre de la transition dirigée par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Pour lui, cette contradiction démontre que les considérations politiques prennent souvent le pas sur les principes invoqués dans le débat public.
L’analyste considère également que les ambitions des différents groupes cherchant à influencer le CEP sont une réalité connue de tous. Il appelle les conseillers électoraux à faire preuve de recul et de responsabilité, rappelant qu’ils ne représentent plus uniquement leurs secteurs respectifs mais qu’ils portent désormais la mission de conduire le pays vers des élections crédibles et acceptées par la population.
Face aux tensions actuelles, Richardson Séraphin privilégie la voie du dialogue entre la Primature et le CEP afin d’éviter une crise institutionnelle susceptible de compromettre davantage le calendrier électoral. Il estime que chaque acteur doit reconnaître les limites de ses prérogatives et contribuer à la recherche d’un consensus national.
Plus largement, il rappelle qu’Haïti évolue depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse dans un cadre politique exceptionnel marqué par des arrangements transitoires successifs. Dans ce contexte, affirme-t-il, l’objectif principal doit demeurer l’organisation d’élections capables de restaurer la légitimité démocratique des institutions plutôt que l’entretien de conflits de pouvoir au sommet de l’État.
Pour Richardson Séraphin, le CEP court aujourd’hui le risque de devenir l’otage d’intérêts politiques contradictoires. Une situation qui pourrait non seulement retarder le retour à l’ordre constitutionnel, mais également affaiblir davantage la confiance déjà fragile de la population envers les institutions chargées de conduire le pays vers les prochaines élections.
Rédaction : Zantray News Haïti