La reconduction de Kathia Verdier à la tête du Ministère des Haïtiens Vivant à l’Étranger (MHAVE), confirmée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, est présentée comme une « nouvelle étape » dans la consolidation des actions en faveur de la diaspora. Mais derrière cette rhétorique officielle soigneusement calibrée, c’est surtout la reconduction d’un discours convenu, autosatisfait et déconnecté des réalités qui s’impose.
On nous parle de « consolidation des actions engagées » et de « renforcement des liens » entre Haïti et ses ressortissants à travers le monde. Pourtant, aucun bilan chiffré, aucune mesure concrète, aucun résultat tangible n’accompagne cette annonce. La communication institutionnelle s’enrobe de formules creuses, célébrant une prétendue dynamique dont les contours restent flous. La diaspora, invoquée comme un partenaire stratégique, demeure une entité abstraite, mobilisée dans les discours mais rarement placée au cœur de décisions transparentes et structurantes.
La décision du Premier ministre serait, selon les termes employés, une « reconnaissance des plus hautes autorités » pour le travail accompli. Mais de quel travail parle-t-on précisément ? Où sont les indicateurs d’impact, les réformes structurantes, les mécanismes innovants capables de transformer l’enthousiasme patriotique de la diaspora en politiques publiques cohérentes ? L’absence de précisions nourrit le scepticisme et donne l’impression d’un satisfecit politique distribué en vase clos.
La « vision » attribuée à la ministre Verdier viserait à rapprocher davantage l’État haïtien de sa diaspora. Là encore, l’ambition est louable en théorie. En pratique, le communiqué s’en tient à des généralités. Valoriser le rôle stratégique de la diaspora dans le développement économique, social et institutionnel du pays suppose des cadres clairs, des dispositifs de participation crédibles et une gouvernance irréprochable. Rien de tout cela n’est détaillé. La promesse d’une « participation active » semble davantage relever de l’incantation que d’un engagement opérationnel.
Plus troublant encore, la reconduction est présentée comme la traduction d’une volonté de « renforcer la coopération, la confiance et la participation active des Haïtiens vivant à l’étranger ». Or, la confiance ne se décrète pas ; elle se construit. Elle exige transparence, redevabilité et résultats. En l’absence d’éléments concrets démontrant des avancées significatives, cette reconduction peut apparaître moins comme un choix stratégique audacieux que comme la continuité d’un statu quo administratif.
En définitive, ce qui est annoncé comme une étape décisive ressemble surtout à une opération de communication soigneusement orchestrée. À force de multiplier les déclarations d’intention sans en détailler les retombées, le pouvoir prend le risque d’accentuer la distance qu’il prétend réduire. La diaspora haïtienne mérite mieux que des formules diplomatiques et des hashtags ; elle attend des actes mesurables, une vision traduite en politiques publiques concrètes et une gouvernance capable de transformer les mots en résultats.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com