Le Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR), à travers le Projet d’Agriculture Résiliente pour la Sécurité Alimentaire (PARSA), se félicite de l’organisation d’une série de foires agricoles dans les départements de la Grand’Anse et des Nippes entre le 20 avril et le 9 mai 2026. Présentée comme une initiative majeure en faveur de la sécurité alimentaire, cette opération soulève pourtant de nombreuses interrogations quant à son impact réel face à l’ampleur des défis auxquels sont confrontés les agriculteurs haïtiens.
Selon les chiffres officiels, 2 500 agriculteurs ont participé aux foires organisées dans le cadre des jardins de case, tandis que 4 562 autres ont été touchés lors de la campagne de printemps 2026. Le ministère met en avant ces statistiques comme une preuve de succès. Cependant, derrière ces données impressionnantes se cache une réalité beaucoup moins reluisante : aucune information n’est fournie sur les résultats concrets de ces activités, ni sur leur capacité réelle à améliorer durablement la sécurité alimentaire des ménages bénéficiaires.
Le MARNDR affirme que ces foires ont permis de « renforcer la sécurité alimentaire », de « sensibiliser les producteurs » et de « renforcer leur résilience ». Pourtant, aucun indicateur précis ne permet de mesurer ces prétendus progrès. Combien de ménages ont effectivement amélioré leur production ? Quelle augmentation des rendements est attendue ? Quels mécanismes de suivi ont été mis en place pour évaluer l’efficacité des distributions ? Le communiqué reste silencieux sur ces questions essentielles.

L’une des principales actions mises en avant est la distribution d’intrants agricoles : semences, compost, drageons de bananiers, macrosets d’ignames, outils agricoles, drums de stockage d’eau et plantules de cocotiers. Si ces appuis peuvent constituer un soutien ponctuel, ils apparaissent davantage comme des mesures temporaires que comme une véritable stratégie de transformation agricole. Les problèmes structurels auxquels font face les agriculteurs — accès limité aux infrastructures, vulnérabilité climatique, faibles capacités de production et difficultés de commercialisation — ne sont pratiquement pas abordés.
Le ministère insiste également sur le fait que les intrants ont été achetés auprès de fournisseurs locaux afin de soutenir l’économie nationale. Là encore, aucune donnée n’est fournie sur les montants engagés, le nombre d’entreprises bénéficiaires ou les retombées économiques réelles de cette approche. Les déclarations demeurent générales et semblent davantage relever de l’autosatisfaction institutionnelle que de la reddition de comptes.

Par ailleurs, la répartition des bénéficiaires soulève certaines questions. Dans la Grand’Anse, seulement 118 femmes figurent parmi les 1 500 agriculteurs ayant participé aux foires des jardins de case, alors que dans les Nippes, les femmes représentent l’écrasante majorité des bénéficiaires. Cette disparité importante n’est ni expliquée ni analysée par les responsables du programme.
Le discours officiel présente ces foires comme une réponse aux défis de l’insécurité alimentaire et des changements climatiques. Pourtant, les activités décrites se limitent essentiellement à des distributions d’intrants et à des opérations de sensibilisation. Face à des enjeux aussi complexes, cette approche paraît insuffisante et risque de produire davantage d’effets d’annonce que de changements durables sur le terrain.
Au final, le MARNDR met en avant des milliers de bénéficiaires, des centaines de distributions et une multitude d’intrants agricoles. Mais au-delà des chiffres et des déclarations optimistes, le communiqué ne fournit aucun élément permettant de vérifier que ces foires ont réellement renforcé la sécurité alimentaire ou amélioré durablement les conditions de vie des agriculteurs. Dans un contexte où les communautés rurales font face à des défis considérables, la multiplication des foires agricoles ne saurait à elle seule tenir lieu de politique agricole efficace.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com