La ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, présente ses cinq premiers mois au MAEC comme un bilan marqué par la modernisation, notamment avec le lancement de quatre plateformes numériques. Mais derrière cette communication très favorable, une question demeure : quels résultats concrets la diplomatie haïtienne a-t-elle obtenus pour protéger les ressortissants haïtiens confrontés aux expulsions ?
La ministre affirme que le gouvernement reste préoccupé par la situation des Haïtiens menacés par les politiques migratoires étrangères. Pourtant, son bilan reste particulièrement vague sur les résultats obtenus, alors que des Haïtiens sont expulsés ou menacés de l’être dans plusieurs pays de la région.
En République dominicaine, les expulsions massives de migrants vers Haïti se poursuivent, avec près de 100 000 personnes déportées au cours des trois premiers mois de 2026, selon les chiffres communiqués par les autorités dominicaines. Face à cette politique, le bilan de la diplomatie haïtienne ne permet pas de mesurer clairement ce qu’elle a obtenu pour garantir les droits et la dignité des ressortissants haïtiens.
Le problème ne s’arrête pas à la frontière dominicaine, puisque des Haïtiens sont également renvoyés depuis d’autres territoires de la Caraïbe, notamment les Turks and Caicos. Des organisations spécialisées dans les migrations, comme le GARR, ont également documenté des rapatriements forcés de ressortissants haïtiens depuis plusieurs territoires caribéens, malgré les risques liés à la situation en Haïti.
Aux États-Unis, le dossier du TPS avait constitué le test diplomatique le plus important pour la ministre Raina Forbin. La fin de cette protection conduit des centaines de milliers d’Haïtiens à perdre leur statut et les expose désormais à la menace de déportation.
La ministre peut donc présenter une plateforme destinée à accompagner les ressortissants haïtiens aux États-Unis, mais un outil numérique ne peut pas empêcher leur expulsion annoncée. Alors que des centaines de milliers de personnes risquent de perdre leur protection, la population attend surtout de la diplomatie haïtienne des résultats politiques et juridiques mesurables, mais rien de concret n’a été obtenu.
Le ministère se félicite également d’avoir réalisé environ un million de dollars d’économies par mois grâce à la réorganisation du réseau diplomatique et à la réduction de certaines dépenses. Mais économiser de l’argent ne constitue pas automatiquement une réussite diplomatique si les Haïtiens continuent de subir des expulsions sans voir une défense plus efficace de leur gouvernement.
Les nouveaux décrets, la réorganisation du MAEC et la professionnalisation du réseau diplomatique sont présentés comme des avancées importantes. Cependant, moderniser l’administration ne suffit pas si cette réforme ne permet pas de mieux défendre les citoyens haïtiens confrontés aux expulsions, aux restrictions migratoires et aux violations de leurs droits.
Les quatre plateformes numériques peuvent certes améliorer certains services consulaires et administratifs. Les présenter comme une preuve majeure d’efficacité diplomatique paraît insuffisant, alors que des Haïtiens sont expulsés de la République dominicaine, renvoyés depuis certains territoires caribéens et menacés de déportation aux États-Unis.
Après cinq mois, Raina Forbin peut donc mettre en avant quatre plateformes numériques, des économies budgétaires et des réformes administratives. Le véritable bilan de sa diplomatie devra surtout être mesuré à sa capacité à défendre efficacement les ressortissants haïtiens lorsque leurs droits, leur sécurité et leur avenir sont directement menacés.
Rédaction : Zantray News Haïti