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Quand la bonne gouvernance se célèbre… mais reste à prouver

Sous les ors d’une cérémonie officielle organisée pour célébrer les vingt ans de l’Inspection générale des Finances (IGF), les plus hautes autorités de l’État ont multiplié les déclarations solennelles sur la transparence, la probité et la lutte contre la corruption. Pourtant, derrière cette rhétorique soigneusement calibrée, l’événement ressemble surtout à une démonstration de communication politique, où les promesses abondent bien plus que les réponses concrètes.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, invité d’honneur de la cérémonie, a salué une institution qu’il présente comme un « pilier essentiel » du contrôle de l’État. Créée en 2006 et placée sous l’autorité du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF), l’IGF serait, selon le communiqué officiel, engagée depuis deux décennies dans une mission de surveillance, d’audit et d’évaluation des finances publiques.

Sur le papier, l’énoncé est impeccable : transparence, prévention des dérives financières, lutte contre la corruption et contre le blanchiment de capitaux. Dans les discours, l’IGF apparaît comme une institution vigilante, presque héroïque, veillant sans relâche sur les ressources de l’État. Mais la célébration de ces « vingt années d’engagement » soulève une question simple : si l’institution est si efficace, pourquoi la nécessité constante de rappeler ces mêmes objectifs ?

Une avalanche de discours… mais peu d’explications

Au cours de la cérémonie, le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Colin, la directrice générale de l’IGF, Varnelle Morency, ainsi que le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, Carlos Gabriel Ruiz-Massieu, ont tous salué « unanimement » le rôle déterminant de l’institution.

Le vocabulaire utilisé est révélateur : rigueur, responsabilité, redevabilité. Autant de principes invoqués avec insistance, comme si leur répétition suffisait à prouver leur application. Pourtant, dans ce concert d’éloges, aucune explication précise n’a été fournie sur les résultats concrets de ces vingt années de surveillance financière.

Car célébrer la lutte contre la corruption ne revient pas à démontrer qu’elle a réellement progressé.

Le paradoxe de la transparence proclamée

Dans son allocution, le Premier ministre a affirmé que la transparence devait « guider l’action publique » et que la probité devait constituer « le socle intangible de l’État ». Une déclaration forte, suivie d’une instruction adressée au ministre des Finances pour renforcer les mécanismes de transparence, notamment dans les administrations douanières et à la Direction générale des impôts (DGI).

Cette injonction soulève un paradoxe évident : si ces mécanismes doivent être renforcés « sans délai », c’est donc qu’ils sont encore insuffisants aujourd’hui.

Autrement dit, vingt ans après la création de l’IGF, les autorités reconnaissent elles-mêmes que la traçabilité des recettes publiques et l’accès de la population à l’information restent à améliorer.

Des promesses tournées vers la jeunesse

La cérémonie a également été l’occasion de lancer un projet baptisé « Les génies de la bonne gouvernance », destiné à sensibiliser les jeunes aux valeurs d’intégrité et d’éthique publique. Une initiative portée par le MEF en partenariat avec le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle.

L’idée est louable : inculquer la culture de la responsabilité publique dès la formation citoyenne. Mais là encore, la démarche interroge. Si la bonne gouvernance doit désormais être enseignée comme une valeur à transmettre aux nouvelles générations, cela signifie implicitement que les générations précédentes ont échoué à l’instaurer durablement dans la pratique.

La mise en scène de la détermination

Au final, cette célébration ressemble davantage à une mise en scène de la volonté politique qu’à un bilan rigoureux. Les autorités affirment leur détermination à faire de la transparence et de la reddition de comptes des « exigences non négociables ».

Mais après vingt ans d’existence de l’IGF, la question essentielle demeure : ces principes sont-ils devenus une réalité administrative ou restent-ils avant tout des slogans commodes pour les cérémonies officielles ?

Car dans un pays où l’État affirme encore devoir « renforcer » la transparence et « améliorer » la traçabilité des finances publiques, les discours triomphants sur la bonne gouvernance sonnent moins comme un bilan que comme une promesse sans cesse renouvelée.

Et peut-être est-ce là le véritable symbole de cet anniversaire : vingt ans de lutte proclamée contre la corruption… et la nécessité, manifestement intacte, de continuer à promettre qu’elle sera un jour combattue.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com

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