Une fois de plus, le gouvernement haïtien semble préférer les conférences internationales aux résultats concrets. Alors que la population haïtienne continue de subir une crise environnementale profonde, le Ministère de l’Environnement annonce avec emphase que le ministre Valéry Fils-Aimé participe à la 4e Conférence internationale de haut niveau sur la Décennie d’action pour l’eau et le développement durable, organisée à Douchanbé, au Tadjikistan, du 25 au 27 mai 2026.
Dans son communiqué officiel, le ministère parle de « gouvernance de l’eau », de « résilience climatique » et de « développement durable ». Des expressions désormais répétées mécaniquement dans les déclarations officielles, mais qui peinent à convaincre une population confrontée quotidiennement à la dégradation environnementale, au manque d’accès à l’eau potable et à l’absence chronique d’infrastructures efficaces.
Le plus frappant dans cette communication reste l’écart gigantesque entre le langage diplomatique utilisé et la réalité du pays. Le ministère affirme que cette mission internationale s’inscrit dans les « grandes orientations stratégiques du Gouvernement ». Pourtant, aucune donnée concrète, aucun bilan mesurable, aucun projet achevé n’est présenté pour démontrer les résultats de ces prétendues orientations stratégiques.
Le communiqué évoque également la « dynamisation » de l’Institut National des Ressources Hydrauliques (INARHY). Là encore, les autorités se contentent de promesses vagues et de formulations technocratiques. Qu’entend exactement le gouvernement par « dynamisation » ? Quels financements ? Quels projets ? Quels impacts réels pour les citoyens ? Le texte reste totalement silencieux.
Plus préoccupant encore, le ministère semble davantage préoccupé par sa visibilité dans les « espaces internationaux de dialogue » que par l’urgence environnementale nationale. Cette obsession pour la représentation diplomatique donne l’impression d’un État qui communique beaucoup à l’étranger mais agit peu sur le terrain.
Le voyage du ministre Valéry Fils-Aimé au Tadjikistan est présenté comme une opportunité de « renforcer les échanges techniques et les opportunités de coopération ». Une formule classique des administrations publiques haïtiennes, souvent utilisée pour justifier des missions officielles coûteuses dont les retombées restent invisibles pour la population.
Pendant ce temps, les problèmes liés à la gestion de l’eau continuent de s’aggraver. Les autorités parlent de « résilience climatique », mais le communiqué ne mentionne aucune mesure concrète mise en œuvre en Haïti pour protéger les ressources hydriques ou améliorer durablement l’accès à l’eau.
Le gouvernement affirme vouloir représenter « activement Haïti » sur la scène internationale. Mais une question demeure : à quoi sert cette présence internationale si elle ne se traduit pas par des résultats tangibles pour les citoyens ?
À force de multiplier les conférences, les discours institutionnels et les annonces diplomatiques sans effets visibles, le pouvoir donne l’impression d’un appareil d’État davantage centré sur la communication politique que sur l’action publique réelle.
Douchanbé devient ainsi le symbole d’une gouvernance environnementale haïtienne qui voyage beaucoup, parle abondamment, mais convainc de moins en moins.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@hayoo.com