La visite du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au Palais national s’est soldée par une nouvelle série de déclarations optimistes sur la situation haïtienne. À l’issue de sa rencontre avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, les deux responsables ont multiplié les messages de satisfaction, de confiance et d’espoir, au point de donner l’impression d’un pays engagé sur une trajectoire irréversible vers la stabilité et la paix durable.
Le communiqué officiel évoque ainsi des « progrès réalisés » dans la lutte contre l’insécurité, des « résultats encourageants » obtenus sur le terrain et une coopération renforcée entre Haïti et les Nations Unies. Pourtant, cette avalanche d’autosatisfaction soulève de nombreuses interrogations.
Aucun élément concret n’est avancé pour étayer les progrès vantés par les autorités et salués par l’ONU. Le document se contente d’affirmations générales sur les efforts de stabilisation et le renforcement des institutions, sans fournir le moindre indicateur permettant d’évaluer objectivement ces prétendus succès. Le lecteur est ainsi invité à accepter sur parole l’idée que la situation s’améliore, sans qu’aucune preuve ne soit présentée.
Plus surprenant encore, le Secrétaire général des Nations Unies affirme sa satisfaction quant aux avancées sécuritaires tout en réaffirmant la nécessité de poursuivre l’accompagnement international pour parvenir à une « résolution définitive de la crise ». Cette juxtaposition laisse apparaître une contradiction fondamentale : si les progrès sont aussi significatifs que décrits, pourquoi la crise demeure-t-elle suffisamment profonde pour nécessiter un engagement international toujours plus important ?
Le communiqué accorde également une place centrale à la Police nationale d’Haïti, aux Forces armées d’Haïti et à la Force de Répression des Gangs, présentées comme les artisans de ces résultats encourageants. Là encore, aucun détail n’est fourni sur la nature exacte des succès revendiqués. Les autorités invoquent des actions coordonnées contre les groupes criminels armés, mais restent silencieuses sur leur portée réelle, leurs limites ou les défis persistants.
La question du retour à l’ordre démocratique est traitée avec la même prudence. Les discussions auraient porté sur l’organisation d’élections « libres, inclusives et crédibles », mais aucune échéance, aucun calendrier ni aucun engagement précis n’apparaissent dans le texte. L’objectif démocratique semble davantage relever d’une promesse réaffirmée que d’un processus clairement défini.
Le vocabulaire employé dans le communiqué illustre parfaitement cette logique de communication institutionnelle. Les expressions « confiance renouvelée », « partenariat », « responsabilité partagée », « solidarité internationale », « unité nationale », « paix », « stabilité » et « espoir » s’enchaînent sans interruption. Cette accumulation de formules consensuelles donne parfois davantage l’impression d’un exercice diplomatique soigneusement calibré que d’une évaluation rigoureuse de la situation du pays.
En définitive, cette rencontre de haut niveau semble surtout avoir produit un discours particulièrement optimiste où les félicitations mutuelles occupent une place prépondérante. Entre satisfaction affichée, progrès non documentés et promesses de stabilité future, le communiqué laisse davantage transparaître une volonté de projeter une image positive qu’une démonstration convaincante des résultats effectivement obtenus. Pour les observateurs les plus sceptiques, cette communication pourrait apparaître comme un nouvel exercice d’autocongratulation diplomatique, où les déclarations ambitieuses prennent le pas sur les faits vérifiables.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com