À quelques jours de la fin de son mandat, Leslie Voltaire a trouvé le temps — et surtout le cadre — idéal pour penser très loin. Très, très loin. Reçu « chaleureusement » à Jacmel, le conseiller président a préféré le confort feutré d’un dîner-causerie pour dévoiler un ambitieux projet de développement durable s’étendant sur trente ans. Trente ans. Soit bien au-delà du 7 février 2026, date pourtant bien réelle de la fin de son mandat.
Dans un pays englué dans un climat national de confrontation politique aiguë, M. Voltaire entame une tournée régionale, fort de « avancées majeures engagées aux Cayes », dont la description reste soigneusement absente. À Jacmel, devant le Collectif des chambres de commerce et d’industrie du Sud-Est et quelques notables triés sur le volet, le conseiller président a livré ce qu’il maîtrise le mieux en fin de parcours : un discours d’intentions. Apaisement. Unité. Participation citoyenne. Une litanie familière, récitée avec gravité, alors que le chronomètre du mandat tourne inexorablement.
Présenté comme le fruit de « vastes consultations avec la société civile », le plan promet d’ouvrir grandes les portes économiques, sociales et culturelles du département. Rien de moins. Le contraste est cependant saisissant entre l’ampleur de la vision et la modestie du cadre institutionnel : un mandat à bout de souffle et un projet dont la concrétisation dépend explicitement de la capacité des autres membres du CPT à dépasser leurs clivages internes. En clair, tout est prévu, sauf les conditions pour que cela arrive.
Invitant citoyens et institutions à « mettre la main à la pâte », Leslie Voltaire semble surtout habilement retirer la sienne, confiant l’exécution de sa vision à un avenir lointain et à des acteurs dont il souligne lui-même les divisions. Le pari sur l’avenir du Sud-Est prend alors des allures de testament politique : inspiré, généreux, et soigneusement détaché de toute obligation de résultats immédiats.
Pendant que le pays attend des réponses urgentes, le conseiller président choisit de parler de trente ans. Une temporalité confortable pour celui qui s’apprête à quitter la scène, laissant à d’autres — plus tard, beaucoup plus tard — le soin et le fardeau de transformer une esquisse élégante en réalité tangible.
Mozard Lombard,
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