Le 19 février 2026, le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), via son Programme d’Appui à l’Entrepreneuriat Féminin (PAEF), a tenu une séance de travail à l’Hôtel Montana pour préparer la foire régionale de l’entrepreneuriat féminin dans le Grand Sud. Sur le papier, l’initiative se veut ambitieuse. Dans les faits, elle ressemble surtout à une nouvelle opération de communication savamment orchestrée.
Une “vision prospective” aux accents répétitifs
Dès l’ouverture, le ministre James Monazard a donné le ton : « Nous sommes en train de préparer le futur d’Haïti. Les femmes constituent les piliers de l’économie haïtienne ». Une déclaration solennelle, presque incantatoire. Pourtant, au-delà de la formule, les chiffres avancés interrogent : la première cohorte du PAEF ne compte que quarante (40) bénéficiaires. Quarante. Pour un pays tout entier.
Le ministre présente la foire comme la preuve d’un « engagement concret de l’État » et insiste sur la nécessité de renforcer la synergie entre partenaires nationaux et internationaux. Mais aucune donnée précise, aucun calendrier détaillé, aucun mécanisme de suivi n’a été exposé. La « vision prospective » évoquée semble flotter dans un discours généraliste où les mots “formalisation”, “formation” et “accompagnement” tiennent lieu de programme.
L’accompagnement institutionnel : promesse ou mirage ?
Le Directeur général du MCI, Panel Paulemont, a pour sa part martelé que cette foire constituait « une étape déterminante » pour créer un environnement favorable aux entreprises féminines, notamment dans le Grand Sud, région présentée comme riche en ressources et en potentiel économique.
L’argumentaire est bien rodé : stands d’exposition, panels, réseautage, nouvelles opportunités. Mais là encore, le flou domine. Comment ces deux journées – prévues les 7 et 8 mars – pourraient-elles, à elles seules, transformer durablement l’environnement économique régional ? En l’absence de détails sur les mécanismes de financement, les critères de sélection ou les résultats attendus, la foire risque fort de se réduire à une vitrine éphémère.
Le discours officiel promet la formalisation des entreprises dirigées par des femmes, le renforcement des capacités et l’intégration progressive du secteur informel dans l’économie formelle. Autant d’objectifs lourds, structurels, qui exigent des politiques publiques cohérentes et soutenues sur le long terme – bien au-delà d’un événement ponctuel.
Des ambitions chiffrées, mais peu de garanties
La coordonnatrice du PAEF, Mona Lisa Dunbar, a rappelé que « Fanm se poto mitan nan peyi a ». Elle a annoncé la volonté de renforcer les capacités de plus de cinq cents (500) femmes grâce à des formations, des appuis techniques et des opportunités de financement, avec le soutien de partenaires tels que le FDI.
Cinq cents bénéficiaires annoncées, quarante déjà intégrées dans une première cohorte : l’écart entre l’objectif proclamé et la réalité actuelle reste considérable. Aucun détail n’a été fourni sur le calendrier d’atteinte de ces 500 bénéficiaires, ni sur les montants mobilisés, ni sur les indicateurs d’évaluation. Là encore, la communication l’emporte sur la transparence.
Une foire stratégique… ou symbolique ?
Présentée comme « stratégique » pour le développement régional, la foire du Grand Sud comprendra des stands, des panels, des espaces de promotion commerciale et des activités de réseautage. Mais la multiplication des adjectifs ambitieux ne saurait masquer l’absence d’éléments concrets sur l’impact réel attendu.
L’initiative s’inscrit officiellement dans la volonté de promouvoir l’autonomisation économique des femmes et de renforcer leur contribution au développement national. Pourtant, entre les déclarations lyriques, les chiffres modestes et les objectifs vastes mais peu détaillés, la foire apparaît davantage comme un symbole que comme un véritable levier structurel.
À défaut de mesures précises, de mécanismes clairs et d’engagements chiffrés vérifiables, cette préparation à grand renfort de discours risque de n’être qu’un exercice institutionnel de plus : beaucoup d’annonces, peu de garanties, et une question centrale qui demeure sans réponse – comment transformer des promesses répétées en résultats tangibles pour les femmes entrepreneures du Grand Sud ?
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com