Alors que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le président du Conseil Électoral Provisoire (CEP), Jacques Desrosiers, multiplient depuis plusieurs mois les déclarations publiques promettant des élections avant la fin de l’année, leurs institutions respectives se livrent aujourd’hui à un affrontement qui menace de faire dérailler le processus électoral lui-même. Ce qui devait être une marche vers le retour à l’ordre constitutionnel prend désormais l’allure d’une lutte ouverte pour le contrôle de la machine électorale.
La crise a éclaté après l’adoption du nouveau décret électoral par le Conseil des ministres. Alors que la Primature présente ce texte comme un instrument indispensable à l’organisation des scrutins, le CEP accuse l’Exécutif d’avoir modifié de manière substantielle le document technique qu’il avait transmis au gouvernement. Une contestation publique rarissime qui révèle l’existence d’un profond conflit de gouvernance entre les deux principales institutions chargées de conduire le pays vers les élections.
La rupture est devenue spectaculaire avec l’affaire Uder Antoine. Quelques heures après sa nomination par arrêté gouvernemental au poste de Directeur général du CEP, huit des neuf conseillers électoraux ont signé une résolution lui interdisant l’accès aux locaux de l’institution. En l’espace d’une journée, le pays s’est retrouvé face à une situation inédite : un haut fonctionnaire nommé par l’Exécutif mais rejeté par ceux-là mêmes qu’il est censé administrer.
Au-delà de la personne d’Uder Antoine, c’est une bataille beaucoup plus stratégique qui se dessine. Derrière les querelles administratives et les divergences juridiques se cache une lutte pour le contrôle du processus électoral, de son administration et de ses règles de fonctionnement. Le CEP revendique son autonomie et son indépendance. L’Exécutif, lui, affiche sa volonté d’avancer rapidement vers les élections. Entre les deux, la confiance semble avoir complètement disparu.
Cette confrontation est d’autant plus préoccupante qu’elle survient dans un pays confronté à une crise sécuritaire sans précédent et à une transition déjà fragilisée par de multiples incertitudes. Pendant que les autorités assurent vouloir rassurer la population et la communauté internationale sur leur engagement en faveur d’élections crédibles, les institutions chargées de les organiser se retrouvent engagées dans un bras de fer qui alimente davantage les doutes que les certitudes.
Désormais, la question n’est plus de savoir s’il existe une crise entre la Primature et le CEP. Cette crise est ouverte, assumée et publique. La véritable interrogation est de savoir si les prochaines élections seront organisées dans l’intérêt du peuple haïtien ou si elles deviendront l’enjeu principal d’une guerre de pouvoir opposant deux institutions qui prétendent pourtant poursuivre le même objectif
Rédaction : Zantray News haitii