Le communiqué officiel publié à l’occasion du Jour des Aïeux se veut grandiose, solennel et chargé de symboles. Il accumule pourtant, ligne après ligne, les signes d’un exercice de communication déconnecté, plus soucieux de mise en scène que de cohérence ou de substance.
D’emblée, la confusion s’impose : le document est daté du 2 janvier 2025, mais décrit une cérémonie qui aurait eu lieu le vendredi 2 janvier 2026. Cette incohérence temporelle, dans un texte censé honorer la « continuité historique de la Nation », donne un avant-goût troublant de la rigueur réelle accordée au devoir de mémoire pourtant abondamment invoqué.
Le reste du communiqué déroule un cérémonial parfaitement huilé : offrande florale, recueillement « empreint de solennité et de profond respect », cérémonie « hautement symbolique », lieu qualifié de « haut lieu de la mémoire et de l’identité nationales ». Les superlatifs s’enchaînent, mais aucun fait concret ne vient étayer cette inflation de qualificatifs.
L’hommage se réduit à un décor : Villa d’Accueil, MUPANAH, expositions photographiques, prestations culturelles. Tout est image, tout est vitrine.
La liste des personnalités présentes — Premier ministre, Président du Conseil Présidentiel de Transition, conseillers-présidents, cabinet ministériel, hauts cadres, police et forces armées — occupe une place centrale, comme si l’essentiel de l’événement résidait dans l’énumération protocolaire des invités plutôt que dans la portée réelle de l’hommage rendu aux Pères fondateurs.
Le discours officiel insiste sur des valeurs unanimement consensuelles : liberté, dignité, souveraineté, unité, engagement. Ces mots, répétés mécaniquement, finissent par perdre toute force.
La citation attribuée au Premier ministre, parlant de « dette sacrée » et d’« engagement sans relâche », sonne davantage comme une formule obligée que comme une réflexion incarnée. Rien, dans le communiqué, ne précise ce que cet engagement implique, ni comment il se manifeste autrement que par une cérémonie.
En définitive, ce texte illustre une pratique bien rodée : célébrer les Aïeux à coups de discours et de symboles, renouveler des engagements abstraits, conclure par des slogans patriotiques — « Gloire à nos Aïeux. Vive la Nation haïtienne. Vive Haïti. » — sans jamais dépasser le registre de l’incantation.
Sous couvert d’hommage et de mémoire, l’État se met surtout lui-même en scène. Les Pères fondateurs, réduits à des figures photographiques et à des références rituelles, servent de décor à une communication officielle qui confond respect historique et répétition creuse. Le Jour des Aïeux mérite sans doute plus qu’un communiqué solennel mal daté et saturé de symboles vidés de leur sens.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com