Cinq jours de formation, des échanges d’expériences, des exercices pratiques et une longue liste de sujets abordés : séismes, ouragans, feux de forêt, inondations, glissements de terrain, commandement, communication et coordination. Le déplacement d’une délégation haïtienne en Jamaïque est présenté comme une étape vers le renforcement de la gestion des risques et des catastrophes. Mais derrière le vocabulaire institutionnel et les promesses de « renforcement des capacités », une question s’impose : qu’est-ce qui changera concrètement au retour des participants ?
Du 21 au 25 septembre 2026, des cadres du Ministère de l’Environnement et de la Direction générale de la Protection civile ont participé, à Kingston, à une session de formation et d’échange consacrée à la gestion des risques et des catastrophes. L’initiative a bénéficié de l’appui technique et financier de l’équipe Caraïbes du Programme international du Service forestier des États-Unis.
Sur le papier, le programme est ambitieux. Les participants ont étudié la préparation et la réponse aux séismes et aux ouragans, la gestion des feux de forêt, les inondations et les glissements de terrain. Ils ont également travaillé sur la coordination interinstitutionnelle et sur les moyens de permettre une mobilisation plus rapide des ressources en période de crise.
Mais le communiqué laisse surtout apparaître l’ampleur des domaines dans lesquels des capacités doivent encore être renforcées.
Beaucoup de formation, peu de résultats mesurables
Le langage utilisé est particulièrement révélateur : il est question d’« approches susceptibles d’améliorer » la préparation, la prévention et la réponse, d’« alimenter la réflexion » sur le renforcement des capacités et d’améliorer la coordination entre les institutions.
Autrement dit, cette mission semble davantage constituer une étape de réflexion et d’apprentissage qu’une démonstration de résultats déjà obtenus.
La question est donc simple : après les échanges, les exercices et les enseignements tirés de l’expérience jamaïcaine, que fera concrètement Haïti de ces connaissances ?
Les feux de forêt au cœur des préoccupations
Une attention particulière a été accordée aux feux de forêt, un domaine qui concerne directement le Ministère de l’Environnement.
Les participants ont abordé le leadership en situation de crise, le commandement et la gestion des incidents, mais aussi le comportement des feux, leur détection précoce, l’analyse des risques et les outils permettant d’anticiper leur évolution.
Des exercices pratiques ont également porté sur le commandement, la communication et la coordination entre les institutions appelées à intervenir.
Le constat que suggère cette accumulation de thèmes est peu flatteur : si autant d’efforts doivent être consacrés à renforcer simultanément le commandement, la communication, la détection, l’analyse des risques et la coordination, c’est bien que ces dimensions constituent des enjeux importants pour la capacité de réponse.
Et pourtant, là encore, le bilan présenté ne va pas au-delà de la formation et des échanges.
La coordination, éternel chantier institutionnel
La coordination interinstitutionnelle occupe une place centrale dans la mission. Les participants ont étudié les mécanismes permettant une mobilisation plus rapide et mieux coordonnée des ressources en situation de crise.
Cette priorité souligne une difficulté fondamentale : face à une catastrophe, disposer d’institutions ne suffit pas. Encore faut-il qu’elles puissent fonctionner ensemble.
La délégation haïtienne a ainsi examiné l’expérience jamaïcaine en matière de préparation et de réponse aux catastrophes, ainsi que l’articulation des dispositifs nationaux avec les mécanismes régionaux de gestion des urgences dans la Caraïbe.
L’expérience jamaïcaine est donc présentée comme une source d’enseignements. Mais le communiqué ne précise pas quelles pratiques seront transposées en Haïti, dans quels délais, avec quels moyens et sous quelle responsabilité.
C’est précisément à ce niveau que les annonces institutionnelles risquent de rester abstraites.
Des populations à protéger, mais surtout des capacités à construire
La conclusion officielle rappelle l’objectif : mieux protéger les populations, les écosystèmes et les territoires face aux risques naturels et environnementaux.
Personne ne contestera l’objectif.
Le problème est ailleurs : entre l’affirmation d’une priorité et sa traduction opérationnelle, il existe un fossé que la simple participation à une session de formation ne permet pas, à elle seule, de combler.
La coopération avec la Jamaïque peut apporter des connaissances, des méthodes et des expériences. Les exercices peuvent renforcer les compétences des participants. Les échanges peuvent améliorer la compréhension des mécanismes de gestion de crise.
Mais une formation n’est pas une politique publique. Un échange d’expériences n’est pas un dispositif opérationnel. Et une intention de renforcer les capacités n’est pas encore une capacité renforcée.
Le véritable bilan reste à venir
La mission de Kingston pourrait donc être jugée moins sur le nombre de thèmes abordés que sur ce qui en découlera.
Les connaissances acquises seront-elles transformées en procédures ? Les mécanismes de coordination seront-ils améliorés ? Les capacités de détection et de réponse aux feux de forêt seront-elles effectivement renforcées ? Les institutions concernées disposeront-elles de mécanismes plus rapides et mieux coordonnés pour mobiliser les ressources ?
Le texte fourni ne permet pas encore de répondre à ces questions.
Pour l’instant, le bilan officiel repose essentiellement sur une semaine de formation, des échanges avec la Jamaïque, des exercices pratiques et des enseignements destinés à « alimenter la réflexion ».
La coopération régionale est certainement présentée comme nécessaire. Mais le véritable test ne se trouve pas dans une salle de formation à Kingston.
Il se trouve dans la capacité à transformer les enseignements de Kingston en actions concrètes une fois de retour en Haïti.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com