Au Forum national des investissements organisé au Palm Residence le 29 juin 2026, le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) a présenté deux ambitieux documents stratégiques : le Plan de Relance et Développement Économique du Grand Nord et le Plan de Prospérité Climatique (PPC). Derrière un discours débordant d’optimisme, une question demeure : où s’arrêtent les plans et où commencent les résultats ?
Le Directeur du MEF, Fritz-Gérald Louis, a déroulé une vision qui promet presque tout à la fois : croissance économique, emplois, infrastructures modernes, énergie renouvelable, réduction de la pauvreté, résilience climatique et prospérité nationale. Une accumulation d’objectifs si vaste qu’elle donne davantage l’impression d’un catalogue de bonnes intentions que d’un programme confronté aux réalités.
Le Plan de Relance du Grand Nord repose sur trois piliers : diversification économique, investissements dans le capital humain et renforcement de la gouvernance. À cela s’ajoutent la modernisation de l’aéroport international du Cap-Haïtien, la réhabilitation des ports du Cap-Haïtien et de Port-de-Paix, la remise en état des routes nationales, le développement des énergies renouvelables ainsi que le renforcement des filières agricoles autour de Caracol.
Sur le papier, la vision est séduisante. Mais le financement annoncé, évalué entre 2,3 et 2,8 milliards de dollars pour la période 2026-2030, repose sur une combinaison de ressources publiques, de partenaires techniques et financiers, de partenariats public-privé et de mécanismes innovants. Autrement dit, une grande partie du succès du plan dépend d’acteurs et de financements qui restent à mobiliser.
Le même constat s’impose pour le Plan de Prospérité Climatique. Le gouvernement reconnaît lui-même qu’il faudra plus de 18 milliards de dollars, dont 11,3 milliards uniquement pour financer la transition vers une économie verte. Une somme colossale présentée comme un simple besoin de financement, sans qu’aucune garantie concrète ne soit avancée sur la manière dont elle sera effectivement réunie.
Plus spectaculaire encore est la liste des résultats annoncés pour 2050.
Le MEF prévoit une augmentation du PIB de 125 %, une croissance économique supérieure à 6 % par an, une hausse de l’emploi de 16 %, une réduction du taux de pauvreté de 58 % à 22 %, l’accession d’Haïti au statut de pays à revenu intermédiaire dès 2043, près de 188 millions de dollars de recettes annuelles issues des crédits carbone et un indice énergétique presque triplé.
Ces chiffres impressionnent davantage par leur ampleur que par les explications fournies pour démontrer leur faisabilité. Les projections sont présentées comme des perspectives, mais elles donnent surtout l’impression d’une succession d’objectifs extrêmement ambitieux dont la réalisation dépend d’une multitude de conditions encore incertaines.
Le discours officiel insiste également sur le renforcement de la gouvernance, de l’État de droit et de la sécurité comme conditions essentielles du succès du programme. Ce constat soulève une interrogation fondamentale : si ces éléments constituent eux-mêmes des objectifs à atteindre, sur quelles bases les gigantesques investissements promis pourront-ils réellement produire les effets attendus ?
En conclusion, le MEF affirme qu’Haïti peut « briser le cycle des crises » et transformer les difficultés actuelles en prospérité durable. Une déclaration qui résume parfaitement l’esprit de cette présentation : beaucoup de confiance, beaucoup de projections, beaucoup de milliards… mais essentiellement des promesses tournées vers 2030, 2043 ou 2050.
À l’issue du forum, une impression domine : le gouvernement a présenté un horizon de prospérité particulièrement ambitieux, mais il reste désormais à démontrer que ces annonces dépasseront le stade des documents stratégiques pour devenir des réalisations concrètes. Car, en matière de développement, les plans ne transforment pas un pays ; seuls les résultats le peuvent.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com