Alors que la population de la région métropolitaine de Port-au-Prince continue de consommer une eau reconnue comme contaminée par les propres services de l’État, le Ministère du Commerce et de l’Industrie a choisi de répondre à cette urgence sanitaire par une formation de trois jours organisée au Palais municipal de Delmas. Derrière les discours officiels et les promesses de “renforcement des capacités”, cette initiative soulève surtout de sérieuses interrogations sur l’inaction prolongée des autorités face à une crise sanitaire connue depuis des mois.
Lancée le mercredi 20 mai 2026 par la Direction du Contrôle de la Qualité et de la Protection du Consommateur (DCQPC), cette formation en hygiène et salubrité réunit des représentants de plusieurs mairies de la région métropolitaine. L’objectif affiché est de renforcer le contrôle sanitaire des installations de production et de distribution de denrées alimentaires. Pourtant, difficile de ne pas voir dans cette activité un aveu implicite des graves défaillances de l’État dans la surveillance sanitaire des collectivités.

Le directeur général du MCI, Panel Paulémont, a lui-même reconnu l’existence de “lacunes” importantes en matière d’hygiène et de salubrité. Une déclaration qui met en lumière l’ampleur du problème : si les agents municipaux doivent aujourd’hui être formés en urgence, c’est bien parce que les mécanismes de contrôle sanitaire se révèlent insuffisants, voire inefficaces depuis des années.
Les autorités tentent d’inscrire cette initiative dans la vision du Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, axée sur la protection des consommateurs. Mais cette communication institutionnelle peine à masquer la réalité : l’État agit tardivement, après qu’une étude officielle présentée le 30 janvier dernier a révélé qu’une importante quantité d’eau consommée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince était contaminée. Autrement dit, les autorités savaient. Pourtant, aucune mesure forte ou campagne nationale d’urgence n’a été annoncée dans les informations rendues publiques.

Le maire de Delmas, Wilson Jeudy, a salué l’initiative et promis l’appui de sa municipalité aux actions liées à l’hygiène publique. Mais là encore, les déclarations de soutien contrastent avec l’état alarmant de nombreuses zones urbaines confrontées à l’insalubrité chronique, à l’absence de contrôle réel des produits alimentaires et à des infrastructures sanitaires largement défaillantes.
Cette formation, prévue du 20 au 22 mai 2026, apparaît ainsi moins comme une réponse structurelle à la crise sanitaire que comme une tentative de gestion administrative d’un problème devenu impossible à ignorer. Pendant que les responsables multiplient les ateliers et les discours, la population continue, elle, d’être exposée à des risques sanitaires majeurs dans une capitale où les contrôles restent largement insuffisants.
Mozard Lombard,
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