Une fois de plus, le leadership haïtien s’illustre à l’étranger par des promesses creuses et des discours convenus. Le Président du Conseil Présidentiel de Transition, Laurent Saint-Cyr, a rencontré à Doha le Sous-secrétaire d’État britannique Chris Elmore en marge du Deuxième Sommet mondial pour le développement social. Un entretien que les communiqués officiels qualifient de « cordial et constructif », mais dont le contenu réel laisse à désirer pour un pays plongé dans le chaos.
Entre la sempiternelle rengaine du « rétablissement de la sécurité » et les appels à « l’appui international », le chef de la transition semble surtout s’enliser dans la diplomatie des mots. Il a encore plaidé pour la mise en œuvre de la Force de Répression des Gangs (GSF) — un projet qui, malgré des mois d’annonces et d’accords, tarde désespérément à se concrétiser sur le terrain. Pendant que Saint-Cyr répète à Doha qu’il faut « restaurer l’ordre démocratique », les gangs contrôlent toujours une grande partie du territoire et la population vit dans la terreur quotidienne.
Le Président a aussi sollicité une aide britannique pour la surveillance maritime et le partage de renseignements afin de bloquer le trafic d’armes. Une demande qui, bien qu’essentielle, témoigne de la dépendance chronique du pouvoir haïtien vis-à-vis de partenaires étrangers pour accomplir des fonctions élémentaires de souveraineté. Faut-il vraiment attendre Londres pour contrôler les côtes haïtiennes ?
Quant au Sous-secrétaire Elmore, il a, comme à l’accoutumée, exprimé ses « préoccupations » et « salué les efforts » du gouvernement de transition — un langage diplomatique qui ne coûte rien, mais qui ne change rien non plus. Le Royaume-Uni, tout en promettant un appui à la formation de la GSF, n’a pris aucun engagement concret en matière de financement ni de calendrier.
Enfin, la question des violences faites aux femmes et aux filles, bien que mentionnée, semble davantage servir d’ornement moral à la rencontre que de véritable priorité. Dans un pays où les violences de genre explosent dans l’indifférence des autorités, ces déclarations relèvent plus du symbole que de l’action.
Ainsi, cette rencontre de Doha s’ajoute à la longue liste de missions diplomatiques où l’on échange des mots polis, des promesses sans échéance et des photos officielles. Pendant que les dirigeants s’agitent à l’international, Haïti, elle, continue de sombrer dans l’insécurité, la misère et l’attente. Laurent Saint-Cyr aurait mieux fait de transformer ses discours en actes plutôt que d’ajouter une escale de plus à sa tournée de la diplomatie stérile.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com