Il aura fallu des « résultats préoccupants » pour que les autorités se décident enfin à se réunir. Le 20 février 2026, dans le confort feutré de l’hôtel Montana, à Pétion-Ville, le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) a convoqué un atelier de concertation interinstitutionnelle autour d’un constat qualifié d’alarmant : la qualité de l’eau consommée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince pose un sérieux problème.
Derrière les termes technocratiques — « modernisation », « dynamisation », « concertation » — se cache une réalité brutale : entre août 2025 et janvier 2026, une étude menée par la Direction du Contrôle de la Qualité et de la Protection du Consommateur a dressé un tableau accablant du commerce des eaux traitées et conditionnées. Autrement dit, pendant des mois, de l’eau potentiellement douteuse a circulé dans la capitale, sans que la population n’en soit pleinement informée.
Une mobilisation qui arrive après l’alarme
Les résultats de l’étude avaient déjà été présentés le 30 janvier. Il aura donc fallu près de trois semaines supplémentaires pour organiser une rencontre visant à « dégager une position commune » et formuler des recommandations à soumettre au Conseil de gouvernement. Pendant ce temps, les consommateurs ont continué à acheter et boire une eau dont la qualité est désormais jugée préoccupante.
La présence du ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, du ministre des Travaux publics, Raphaël Hosty, ainsi que du directeur général du MCI, Panel Paulémont, et de représentants du Ministère de la Santé Publique et de la Population, du Ministère de l’Environnement et de la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement, se veut rassurante. Mais cette démonstration de force institutionnelle soulève surtout une question dérangeante : où étaient ces institutions avant que la situation ne devienne « alarmante » ?
Une régulation défaillante d’un « secteur sensible »
Les autorités parlent aujourd’hui de « renforcer la surveillance sanitaire » et d’« améliorer l’encadrement du secteur des eaux conditionnées ». Cette formulation suggère implicitement que l’encadrement actuel est insuffisant — voire inefficace. Si le commerce des eaux traitées et conditionnées dans la région métropolitaine présente un tableau aussi préoccupant, c’est bien que les mécanismes de contrôle n’ont pas fonctionné comme ils l’auraient dû.
Le fait que la question de la qualité de l’eau soit désormais érigée parmi les « priorités gouvernementales » sonne comme un aveu tardif. L’accès à une eau potable sûre est présenté comme un « enjeu fondamental pour le bien-être collectif » — une évidence qui aurait dû, depuis longtemps, guider l’action publique. L’initiative actuelle apparaît moins comme une avancée que comme une réaction forcée face à une réalité devenue impossible à ignorer.
Des promesses en attendant une circulaire
Le ministre James Monazard annonce la publication prochaine d’une circulaire d’information pour rendre publiques les décisions arrêtées. Là encore, la communication précède l’action concrète. Aucune mesure immédiate n’est détaillée, aucune sanction évoquée, aucune échéance précisée. La population est invitée à attendre.
Dans un contexte où l’accès à une eau potable sûre demeure fragile, cette gestion par ateliers, recommandations et circulaires interroge. Les consommateurs, eux, n’ont pas le luxe d’attendre des procédures administratives : ils ont besoin d’eau salubre aujourd’hui, pas après validation au Conseil de gouvernement.
En s’installant dans l’agenda officiel, la crise de la qualité de l’eau à Port-au-Prince met en lumière les failles d’un système de régulation qui n’a réagi qu’une fois le problème qualifié d’« alarmant ». Reste à savoir si cette mobilisation tardive débouchera sur des actes concrets — ou si elle ne restera qu’un exercice de communication de plus face à une urgence sanitaire bien réelle.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com