Léogâne a une fois de plus servi de décor à une mise en scène politique soigneusement orchestrée. Le samedi 4 avril 2026, la Mairie a accueilli la Ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, dans le cadre d’une rencontre avec des leaders religieux. Officiellement, il s’agissait de préparer une future « Conférence des leaders religieux ». Dans les faits, difficile de ne pas y voir une énième initiative aux contours flous, symptomatique d’un pouvoir davantage préoccupé par les discours que par les résultats.
Présentée comme une démarche en faveur de la paix et de la cohésion sociale, cette rencontre repose sur une idée désormais usée : mobiliser les acteurs religieux pour pallier les carences de l’État. En appelant à l’élaboration d’un « discours commun », la ministre semble reconnaître implicitement l’incapacité des institutions publiques à produire elles-mêmes une vision claire et efficace pour le pays. À défaut d’actions concrètes, on convoque les mots, encore et toujours.
L’insistance sur une « participation active » des confessions religieuses à un hypothétique plan d’action inclusif soulève également des questions. Où sont les mesures précises ? Quels moyens seront alloués ? Quels mécanismes de suivi seront mis en place ? Rien, dans les informations disponibles, ne permet de répondre à ces interrogations essentielles. Le flou reste total, laissant place à une communication creuse, déconnectée des urgences réelles.
Quant au « climat constructif et participatif » évoqué, il sonne comme une formule toute faite, répétée à l’infini dans les comptes rendus officiels. Derrière cette façade consensuelle, aucune indication concrète ne filtre sur les attentes réelles des communautés religieuses ni sur la manière dont leurs propositions seront prises en compte. L’impression dominante est celle d’un dialogue sans lendemain, destiné davantage à donner l’illusion d’une concertation qu’à produire des changements tangibles.
Cette rencontre à Léogâne s’inscrit ainsi dans une longue série d’initiatives gouvernementales qui peinent à dépasser le stade déclaratif. À force de multiplier les consultations sans débouchés visibles, le pouvoir risque d’accentuer la lassitude et la méfiance d’une population déjà éprouvée.
En définitive, sous couvert de promouvoir la paix, cette démarche illustre surtout une gouvernance en quête de légitimité, qui semble confondre action politique et communication institutionnelle. Et pendant que les discours s’enchaînent, les problèmes, eux, persistent.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com