Sous couvert de « dialogues multisectoriels » organisés en période de fêtes, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé affirme réitérer son engagement pour la sécurité et l’inclusion sociale. Pourtant, à la lecture attentive du communiqué officiel, l’exercice ressemble davantage à une répétition de promesses générales qu’à une réponse sérieuse à l’ampleur des crises évoquées.
Face aux leaders des organisations communautaires de base, le chef du gouvernement a surtout multiplié les déclarations d’intention : intégration politique, inclusion sociale, climat apaisé pour 2026, année proclamée prioritaire pour la sécurité et l’organisation des élections générales. Des formules larges, déjà entendues, qui peinent à masquer l’absence de calendrier précis, de mécanismes clairs ou d’engagements mesurables.
Les communautés, elles, ont présenté des cahiers de charges lourds de sens, évoquant l’insécurité, les entraves à la libre circulation des personnes et des biens, et la dégradation des conditions de vie dans les quartiers populaires de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Elles ont aussi attiré l’attention sur des réalités particulièrement graves : les personnes déplacées internes, les femmes et les filles victimes de violences liées au grand banditisme, ainsi que les problèmes d’assainissement. Autant de sujets majeurs qui, dans le communiqué, semblent se diluer dans une liste de préoccupations sans hiérarchisation ni réponse structurée.
La seule mesure concrète annoncée — l’installation de lampadaires à Solino et à Delmas 30 — apparaît dérisoire au regard des enjeux décrits. Présentée comme un levier pour faciliter le retour des résidents et renforcer l’efficacité des forces de l’ordre face aux groupes armés, cette initiative ponctuelle donne l’impression d’un traitement cosmétique d’une crise profonde, réduite à un problème d’éclairage public.
Enfin, le communiqué conclut en reliant ces initiatives à des objectifs ambitieux : stabilité politique, création d’emplois, relance économique et préparation d’élections libres et démocratiques. Là encore, le lien entre ces finalités majeures et les actions annoncées reste flou, presque incantatoire.
En définitive, ce dialogue multisectoriel, tel que présenté, laisse une impression d’écart préoccupant entre la gravité des attentes exprimées par les communautés et la modestie des réponses proposées par le gouvernement. Derrière les mots rassurants et les déclarations solennelles, le communiqué expose surtout le vide d’une action publique qui se contente, pour l’instant, de promettre beaucoup et de livrer peu.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com