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Dialogue national ou exercice d’autosatisfaction ?

Le communiqué publié à l’issue de la rencontre entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et des organisations communautaires de base de la région métropolitaine de Port-au-Prince ressemble moins à une information qu’à une déclaration d’intention creuse, soigneusement emballée dans une rhétorique d’autorité et de fermeté.

Présentée comme s’inscrivant dans un « dialogue national », cette réunion se limite pourtant, dans sa formulation officielle, à une énumération d’urgences déjà connues : sécurité publique, personnes déplacées internes, infrastructures stratégiques, élections à venir. Rien de nouveau, rien de précis, aucune mesure concrète annoncée. Le communiqué se contente de rappeler l’ampleur des problèmes sans jamais expliquer comment le Gouvernement entend les résoudre.

La déclaration la plus appuyée du Premier ministre — selon laquelle l’État serait « le seul détenteur légitime de la force publique » et que « l’impunité ne saurait être tolérée » — sonne davantage comme une proclamation d’autorité que comme le reflet d’une réalité observable. Répéter ces principes avec « fermeté » ne les rend ni effectifs ni crédibles, surtout lorsqu’aucun calendrier, aucun mécanisme ni aucune action identifiable n’accompagnent ces mots.

Le texte insiste également sur la « détermination » du Gouvernement à rétablir l’ordre public sur l’ensemble du territoire. Là encore, la détermination est affirmée, mais jamais démontrée. Elle est présentée comme une condition préalable au retour des déplacés, à la reprise économique et à l’organisation d’élections en 2026, sans que l’on sache comment ces objectifs, tous cruciaux, seront atteints dans les faits.

Enfin, la référence finale à la poursuite de la mission de la Transition, en coordination avec le Conseil Présidentiel de Transition et conformément à l’Accord du 3 avril 2024, clôt le communiqué sur une note institutionnelle prévisible. La souveraineté nationale et l’« intérêt supérieur du peuple haïtien » sont invoqués comme des formules rituelles, sans contenu opérationnel, ni engagement mesurable.

En définitive, ce communiqué donne l’impression d’un pouvoir qui parle beaucoup, réaffirme sans cesse son autorité, mais se garde bien de dire comment il compte la faire respecter. Sous couvert de dialogue et de fermeté, il révèle surtout un vide politique : celui d’un discours qui remplace l’action et d’une communication qui confond rappel des principes et exercice réel de l’État.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com

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