Plusieurs organisations politiques et de la société civile haïtienne ont adressé, le 5 juillet 2026, une lettre aux chefs d’État et de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), dans laquelle elles demandent à l’organisation régionale d’appuyer la mise en place d’une nouvelle transition démocratique en Haïti.
Dans cette correspondance, les signataires dressent un bilan très critique de la situation politique, sécuritaire et institutionnelle du pays. Ils estiment que, depuis le 7 février 2026, Haïti poursuit son enfoncement dans une crise multidimensionnelle marquée par l’absence de légitimité des autorités de transition, la détérioration continue de la sécurité et le blocage du processus de retour à l’ordre constitutionnel.
Les organisations affirment que le pacte de gouvernabilité ayant servi de base à la transition n’a jamais bénéficié d’un véritable consensus politique. Selon elles, le retrait progressif de plusieurs de ses signataires témoigne de l’échec de cette formule à rétablir les institutions démocratiques.
La lettre évoque également la progression des groupes armés, qui contrôlent une partie importante du territoire national ainsi que plusieurs axes routiers stratégiques. Les auteurs dénoncent la recrudescence des enlèvements, les attaques contre les civils, les déplacements forcés de population et la fermeture prolongée du principal aéroport international du pays, autant de facteurs qui aggravent, selon eux, l’isolement d’Haïti.
Sur le plan électoral, les signataires considèrent qu’aucune condition ne permet actuellement d’organiser des élections crédibles. Ils dénoncent les tensions récurrentes entre l’exécutif et le Conseil Électoral Provisoire (CEP), l’absence de planification cohérente ainsi qu’une dépendance du CEP vis-à-vis du pouvoir exécutif, susceptible de compromettre son indépendance.
Les organisations rappellent également qu’aucune élection nationale n’a été organisée depuis 2016, privant, selon elles, toute une génération de citoyens de l’exercice de leurs droits politiques. Elles critiquent en outre la volonté des autorités de modifier la Constitution de 1987 par décret, estimant qu’une telle démarche constituerait une violation des mécanismes de révision prévus par la Constitution.
Le document fait aussi état d’allégations de corruption, d’un manque de transparence dans la gestion des affaires publiques, d’un affaiblissement des mécanismes de contrôle de l’État ainsi que d’une dégradation continue de la situation des droits humains, marquée par des massacres, des violences armées et des restrictions aux libertés publiques.
Estimant que le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé ne dispose ni de la légitimité populaire ni de la crédibilité politique nécessaires pour conduire le pays vers un retour à l’ordre démocratique, les signataires demandent à la CARICOM d’accompagner la création d’un nouveau cadre de dialogue réunissant les principales forces politiques, sociales, économiques et citoyennes du pays.
Ils souhaitent qu’une gouvernance consensuelle puisse être mise en place afin de restaurer la sécurité, rétablir les institutions républicaines et organiser, dans un délai raisonnable, des élections libres, transparentes, inclusives et démocratiques.
Rédaction: Zantray News Haïti