Le 10 avril 2026, la Ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, a reçu en grande pompe une délégation conduite par Monique André, Présidente du Comité de normalisation de la Fédération haïtienne de football (FHF). Une rencontre présentée comme stratégique, mais qui, à y regarder de plus près, illustre une fois de plus le décalage frappant entre les discours officiels et la réalité.
Au cœur de cette audience : des félicitations appuyées pour le « leadership » de Madame André et des promesses renouvelées de soutien aux Grenadiers, à l’approche de la Coupe du Monde 2026. Une première depuis 1974, certes, mais surtout une occasion rêvée pour les autorités de se placer sous les projecteurs sans pour autant démontrer d’actions concrètes à la hauteur des enjeux.
Car derrière les mots soigneusement choisis de la ministre, une question demeure : où sont les résultats ? Depuis des années, le sport haïtien, et le football en particulier, souffre d’un manque criant de structures, de financements transparents et d’accompagnement réel. Pourtant, lors de cette rencontre, Raina Forbin s’est contentée de « saluer » et de « renouveler son engagement », des formules devenues routinières dans la communication politique.
La référence au soutien du gouvernement, dirigé par le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé, n’apporte guère plus de substance. Là encore, il s’agit d’affirmations générales sur le « développement du sport national » et la « représentation internationale », sans calendrier précis ni mesures vérifiables.
Plus étonnant encore, la mise en avant d’une « diplomatie sportive proactive ». Un concept séduisant sur le papier, mais qui semble ici servir davantage d’habillage rhétorique que de véritable stratégie. Promouvoir la mobilité des athlètes via l’octroi de documents officiels ? Une promesse minimale, qui revient à reconnaître implicitement des dysfonctionnements administratifs persistants que le gouvernement n’a toujours pas su résoudre.
En réalité, cette réunion donne l’impression d’un exercice de communication bien rodé, où les engagements s’empilent sans jamais être évalués. Les athlètes haïtiens, eux, continuent de porter seuls le poids de leurs performances, souvent dans des conditions précaires, loin des déclarations optimistes des autorités.
En conclusion, si les mots de soutien et les engagements symboliques peuvent nourrir une certaine « espérance », ils ne suffisent plus. À l’approche d’un événement aussi majeur que la Coupe du Monde, les Haïtiens sont en droit d’attendre bien plus que des promesses : des actions concrètes, mesurables et durables. Pour l’instant, cette diplomatie sportive ressemble davantage à un écran de fumée qu’à une véritable politique publique.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com