À l’occasion du lancement officiel du Projet d’Appui à la Réforme Curricula ire (PARC), le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet DÉMÉRO, a multiplié les annonces ambitieuses. Pourtant, à la lecture attentive de son discours, une réalité s’impose : l’essentiel des réalisations présentées relève davantage des intentions administratives que de changements effectifs dans les écoles.
Le ministre affirme que la rencontre tenue à Washington les 5 et 6 mai a constitué un « tournant décisif » pour le système éducatif haïtien. Mais plusieurs semaines plus tard, le bilan présenté repose essentiellement sur la publication de circulaires, des restructurations institutionnelles et des projets encore en préparation.
Parmi les mesures mises en avant figurent la restructuration de la Commission nationale de Curriculum, la réorganisation de la Direction du Curriculum et de la Qualité et une future publication de la nouvelle constitution de la CNC. Autrement dit, les principaux acquis annoncés concernent avant tout l’administration elle-même, alors que les élèves et les enseignants attendent des améliorations concrètes dans les salles de classe.
Le même constat s’applique au nouveau Cadre d’Orientation Curriculaire. Le ministre annonce que l’éducation numérique, la citoyenneté, l’éducation financière et la santé mentale deviendront des priorités. Toutefois, aucun calendrier de mise en œuvre, aucun contenu pédagogique détaillé ni aucun mécanisme d’application n’ont été présentés. Les annonces restent donc largement théoriques.
Le discours révèle également que plusieurs actions essentielles n’en sont encore qu’à leurs premières étapes. L’Unité d’Orientation scolaire et professionnelle est simplement « en cours de mise en œuvre ». Les discussions avec les éditeurs pour adapter les manuels scolaires sont toujours en cours. La formation continue des enseignants est décrite comme un dispositif « en cours de déploiement ». Quant à la nomination des enseignants, au paiement des arriérés de salaire, à l’octroi des cartes de débit et à la révision salariale, le ministre reconnaît lui-même que des « efforts sont en cours », sans annoncer la moindre échéance.
Cette accumulation de projets non finalisés contraste fortement avec le ton triomphal adopté tout au long du discours. Le gouvernement présente une réforme déjà en marche alors que les principaux chantiers restent manifestement à réaliser.
Autre élément révélateur : le ministre insiste à plusieurs reprises sur le rôle central de la Banque interaméricaine de développement (BID). Les nouvelles orientations sur le temps scolaire sont explicitement présentées comme ayant été suggérées par cette institution. Le financement, l’accompagnement technique et plusieurs composantes majeures du PARC reposent également sur la BID et sur le partenariat avec le BIE-UNESCO. Cette dépendance largement assumée soulève une interrogation : où se situe réellement le leadership national dans une réforme présentée comme une refondation de l’école haïtienne ?
Le ministre lui-même semble reconnaître que rien n’est encore acquis. Il admet que « les bases institutionnelles sont jetées » et que « la clé du succès réside désormais dans notre capacité d’exécution ». Cette phrase résume finalement l’état réel du projet : les structures sont annoncées, mais les résultats restent entièrement à construire.
Le discours se termine d’ailleurs par un appel à la « diligence », à la « rigueur » et au « sens de l’urgence » des cadres du ministère et de l’Unité de Coordination des Projets. Un appel qui peut être interprété comme l’aveu que la réussite du PARC dépend moins des annonces officielles que de leur mise en œuvre, laquelle demeure encore incertaine.
Au-delà des formules ambitieuses et des déclarations d’intention, le lancement du PARC apparaît ainsi davantage comme celui d’un vaste chantier administratif que comme celui d’une réforme déjà perceptible dans les écoles. Entre les restructurations, les consultations, les travaux en cours et les futures publications annoncées, les enseignants, les élèves et les familles devront encore attendre avant de constater les effets réels de cette « refondation curriculaire ».
Mozard Lombard,
mozardlombardo@hayoo.com