Installée à la tête du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC) le 13 juin 2024, la ministre a dressé en janvier 2026 un bilan qu’elle présente comme historique : réformes structurelles, digitalisation, investissements massifs, soutien à la jeunesse, relance des infrastructures sportives.
Mais derrière les communiqués soignés et les chiffres spectaculaires, une ombre lourde plane : le rapport de l’Unité de Lutte Contre la Corruption évoquerait plus de 60 millions de gourdes détournées, dans un document présenté comme documenté et circonstancié. Dans le rapport de l’ULCC, il est demandé de mettre l’action publique en mouvement contre la ministre pour corruption, vol, détournement de fonds et abus de fonction.
Et là, le débat change de nature.
On ne parle plus de modernisation.
On parle de crédibilité de l’État.
Des décrets ne lavent pas des soupçons
Un décret adopté en décembre 2025.
Un portail numérique.
Une base de données.
Un magazine institutionnel.
Tout cela peut impressionner. Mais aucun outil digital ne remplace la probité. Aucune réforme administrative ne peut masquer une gestion douteuse des fonds publics.
Si 60 millions de gourdes ont réellement disparu, alors ce n’est pas une modernisation que l’on observe — c’est une façade.
200 millions ici, 10 millions là… et 60 millions où ?
Les chiffres annoncés sont vertigineux :
• 200 millions de gourdes pour le football
• 10 millions pour le Comité Olympique
• 6 millions pour le Paralympique
• 31 millions pour d’autres fédérations
• Subventions multiples à divers projets
Dans un pays où des jeunes meurent faute d’opportunités, où des infrastructures s’effondrent, où des camps de déplacés s’étendent, chaque gourde publique est sacrée.
Si le rapport de l’ULCC est fondé, cela signifierait qu’une somme équivalente à des dizaines de projets communautaires, de bourses, de terrains réhabilités, a été siphonnée.
Ce ne serait pas une erreur administrative.
Ce serait une trahison morale.
La jeunesse n’est pas un slogan
On peut organiser des journées nationales.
On peut distribuer des certificats.
On peut prendre des photos avec des athlètes.
Mais si l’argent destiné à la jeunesse disparaît dans des circuits opaques, alors le discours devient indécent.
On ne peut pas invoquer Emmanuel Sanon et l’héritage de 1974 tout en laissant planer des soupçons aussi graves sur la gestion actuelle.
Il ne s’agit plus d’image. Il s’agit de responsabilité.
Si le rapport de l’ULCC est faux, qu’il soit démonté point par point, publiquement.
Si le rapport est exact, alors il faut des conséquences. Immédiates.
Pas de protection politique.
Pas de silence stratégique.
Pas de dilution dans le temps.
Car 60 millions de gourdes, ce n’est pas un détail comptable.
C’est un scandale potentiel d’État.
La question n’est plus :
« Le bilan est-il ambitieux ? »
La vraie question est :
L’argent de la jeunesse a-t-il été protégé ?
Tant que cette interrogation restera sans réponse claire, toute communication institutionnelle sonnera comme une tentative de diversion.
La jeunesse haïtienne n’a pas besoin de récits embellis.
Elle a besoin de vérité.
Et la vérité, en République, ne se négocie pas.
Rédaction : Zantray News Haïti