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Centrale solaire de Jacmel : le triomphe de l’autosatisfaction officielle

Le 15 janvier 2026, à Port-au-Prince, le Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications (MTPTC) a organisé, dans une ambiance décrite comme « empreinte d’optimisme », une cérémonie officielle pour la signature du contrat de construction d’une centrale solaire photovoltaïque à Jacmel. À en croire la communication officielle, il s’agirait d’un « tournant énergétique » pour le Sud-Est et d’une étape « décisive » vers un avenir plus vert. À y regarder de plus près, l’événement ressemble surtout à une démonstration de communication institutionnelle soigneusement emballée, bien plus qu’à une avancée structurelle majeure.

Tout, dans cette annonce, est présenté comme exceptionnel : le caractère « ambitieux » du projet, la technologie « à la pointe », la solution « clés en main », le mode « Grid-Forming », l’« effet démonstrateur ». Les mots s’accumulent, mais les faits restent étonnamment modestes. La centrale annoncée affichera une production solaire de 4 MWe, avec une puissance de sortie minimale de 3,35 MW, assortie d’un système de stockage de 6 MWh. Malgré l’emphase sur la stabilité du réseau et la promesse de continuité même en cas d’arrêt de la centrale thermique existante, ces chiffres sont livrés sans aucune mise en perspective, comme s’ils suffisaient à eux seuls à transformer le paysage énergétique du Sud-Est.

La mise en scène de la signature en dit long sur les priorités. Ministres, PDG, directeurs généraux et coordonnateurs se succèdent pour apposer leurs signatures et poser pour la photo, tandis que la population, pourtant principale concernée par la « stabilisation de l’offre électrique », reste absente du récit autrement que comme bénéficiaire abstraite. Le projet est financé par la Banque mondiale via le programme SREP, rappelant au passage que l’initiative, présentée comme un engagement ferme de l’État, repose entièrement sur un financement externe, sans que cela ne semble mériter la moindre nuance dans le discours officiel.

Le site choisi, Mont-Fleuri, dans la 6ᵉ section communale de Jacmel, est mentionné avec précision, tout comme les 4 km de lignes basse tension et les 7 km de lignes moyenne tension à poser. Là encore, la liste technique sert surtout à impressionner, sans qu’aucune échéance claire, aucun mécanisme de reddition de comptes ou aucun indicateur de résultat ne soit mis en avant. Le chantier est dit « suivi de près » par la Cellule Énergie du MTPTC, formule vague devenue classique, qui tient lieu de garantie sans jamais être définie.

Plus révélateur encore est l’argument de l’« effet démonstrateur ». Le projet n’est pas seulement censé fournir de l’électricité à Jacmel, mais aussi prouver la viabilité des énergies renouvelables en Haïti et ouvrir la voie à une réplication dans d’autres départements. Autrement dit, on reconnaît implicitement qu’il s’agit d’un test, tout en le présentant comme une victoire acquise. Le pari est audacieux, mais le ton triomphal adopté dès la signature du contrat semble prématuré.

En définitive, cette centrale solaire est moins un tournant énergétique qu’un symbole politique soigneusement mis en scène. Entre les déclarations grandiloquentes sur la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles et la réalité d’un projet encore à construire, l’écart est flagrant. L’État parle d’engagement ferme, mais se contente pour l’instant d’une cérémonie, d’un contrat et d’un communiqué saturé d’optimisme. À Jacmel comme ailleurs, l’électricité ne se nourrit ni de discours ni de promesses, mais de résultats concrets — et ceux-ci, pour l’instant, restent à produire.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com

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