Pendant trois jours de mission officielle dans le Sud-Est, le ministre de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, accompagné de l’ambassadrice de l’Union européenne, Hélène Roos, et de plusieurs hauts responsables de l’administration publique, a multiplié les inaugurations d’infrastructures réalisées dans le cadre du programme AMCC+. Une cérémonie soigneusement orchestrée qui soulève toutefois une question de fond : pourquoi présenter comme un exploit exceptionnel ce qui devrait relever des missions ordinaires de l’État ?
Les autorités ont inauguré un bureau de gouvernance et un herbier pour le Parc national naturel du Lagon des Huîtres, une salle informatique et une bibliothèque alimentées à l’énergie solaire au Lycée Calixte Numa Rabel, ainsi qu’un centre communal de pêche doté d’une chambre froide fonctionnant également à l’énergie solaire. Autant d’infrastructures présentées comme des avancées majeures pour la résilience climatique.
Pourtant, au fil des discours, un constat s’impose : l’accent est davantage mis sur la symbolique des inaugurations que sur les défis de leur fonctionnement à long terme. Les responsables ont insisté à plusieurs reprises sur la nécessité pour les communautés de protéger, gérer et préserver ces infrastructures. Ce transfert de responsabilité vers la population traduit implicitement une interrogation sur la capacité des institutions publiques à assurer elles-mêmes le suivi, l’entretien et la pérennité de ces investissements.
Le ministre a rappelé que « ce ne sont plus seulement les biens de l’État », appelant les habitants de Belle-Anse à en prendre soin comme d’un héritage collectif. Un message qui peut être interprété comme un aveu : construire est une chose, garantir la durabilité des ouvrages en est une autre.
Plus révélateur encore, l’ensemble de la communication officielle met largement en avant le rôle des partenaires internationaux. Union européenne, Fonds européen de développement, HELVETAS, Caritas Suisse, ANAP et plusieurs partenaires techniques sont salués comme les artisans de cette « collaboration exemplaire ». Cette longue liste contraste avec la place relativement discrète accordée aux moyens propres de l’État haïtien, donnant l’impression que les avancées célébrées reposent avant tout sur l’appui extérieur.
Les autorités se félicitent également de la reconversion de vingt-et-un charbonniers en trois regroupements d’apiculteurs grâce à la création de stations apicoles. Une initiative encourageante, certes, mais dont l’ampleur demeure modeste face aux immenses enjeux environnementaux évoqués par le gouvernement lui-même. La communication officielle privilégie les annonces positives sans véritablement mesurer leur portée à l’échelle des besoins nationaux.
Enfin, les discours des différents intervenants convergent autour d’un même thème : les bénéficiaires devront désormais assurer la bonne gestion des infrastructures afin de garantir leur pérennité. Cette insistance répétée laisse entendre que l’inauguration constitue moins l’aboutissement d’un processus que le début d’un pari dont la réussite dépendra essentiellement des communautés locales.
En définitive, cette mission ministérielle aura surtout été marquée par une succession de cérémonies, de discours et de déclarations de satisfaction. Derrière les rubans coupés et les photographies officielles, demeure une interrogation essentielle : ces infrastructures seront-elles durablement entretenues et pleinement fonctionnelles, ou cette journée restera-t-elle avant tout une vitrine institutionnelle destinée à célébrer un partenariat international plutôt qu’à démontrer la capacité durable de l’État à répondre aux besoins de ses citoyens ?
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com