À l’occasion de la 51e Réunion ordinaire de la Conférence des Chefs de gouvernement de la CARICOM, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a une nouvelle fois présenté un discours résolument optimiste sur la situation d’Haïti. Sécurité retrouvée, institutions consolidées, élections en préparation : le tableau dressé se veut rassurant. Pourtant, le communiqué officiel repose presque exclusivement sur des déclarations d’intention et des affirmations générales, sans fournir le moindre élément concret permettant d’en mesurer la portée.
Le chef du gouvernement évoque des « progrès enregistrés dans la lutte contre l’insécurité », parlant de la reprise de plusieurs territoires sous le contrôle de l’État et du renforcement des forces de sécurité. Mais aucun territoire n’est identifié, aucun chiffre n’est avancé, aucune donnée ne vient étayer ces affirmations. Le lecteur est donc invité à croire à des résultats dont le communiqué ne fournit aucune démonstration.
Le même constat s’impose concernant le processus électoral. Le gouvernement affirme avoir réalisé des avancées dans sa préparation, tout en promettant des élections « libres, crédibles et inclusives ». Là encore, le communiqué reste silencieux sur la nature de ces avancées, leur calendrier ou les mesures concrètes destinées à garantir la crédibilité du scrutin. Les engagements sont répétés, mais les explications font défaut.
Le contraste est d’autant plus frappant que le Premier ministre sollicite simultanément le soutien des États membres de la CARICOM afin de renforcer et de renouveler le mandat de la Force multinationale d’appui à la sécurité. Cette demande soulève une interrogation évidente : si les progrès sont aussi significatifs qu’annoncés, pourquoi insister sur la nécessité d’un soutien sécuritaire renforcé ? Le communiqué célèbre des succès tout en reconnaissant implicitement que la situation demeure suffisamment fragile pour nécessiter une assistance internationale prolongée.
Le gouvernement affiche également son ambition de renforcer l’intégration régionale grâce à une participation accrue au Marché et à l’Économie uniques de la CARICOM. Cette volonté est présentée comme une priorité, sans que le communiqué n’explique comment elle pourra se concrétiser alors que la restauration de la sécurité et le retour à l’ordre démocratique sont eux-mêmes présentés comme des objectifs encore en cours de réalisation.
Enfin, la conclusion du communiqué accumule les formules convenues : solidarité régionale, détermination du peuple haïtien, engagement du gouvernement, soutien des partenaires internationaux. Cette succession de déclarations volontaristes donne davantage l’impression d’un exercice de communication que d’un véritable bilan. Le texte affirme qu’Haïti est « résolument engagée sur la voie de la sécurité, de la stabilité et du retour à l’ordre démocratique », mais il ne présente aucun indicateur permettant de vérifier que cette trajectoire se traduit effectivement par des résultats tangibles.
Au final, ce communiqué privilégie les promesses aux preuves, les déclarations aux démonstrations et les ambitions aux explications. En cherchant à projeter une image rassurante devant les partenaires de la CARICOM, le gouvernement livre avant tout un discours institutionnel dont les affirmations restent largement invérifiables à la seule lecture du document. Derrière le ton volontariste, ce sont surtout les nombreuses zones d’ombre et l’absence de précisions qui retiennent l’attention.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com