Le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC) vient encore une fois de publier un communiqué débordant de promesses ambitieuses, de slogans séduisants et de projets prétendument “structurants” pour la jeunesse haïtienne. À écouter les autorités, la réunion tenue le 7 mai avec Viva Rio Haïti marquerait une “nouvelle étape” pour le sport et l’encadrement des jeunes. Mais derrière cette communication soigneusement emballée, une question fondamentale demeure : où sont les résultats concrets ?
Le ministre Pythagore Dumas et les représentants de Viva Rio évoquent des programmes aux noms grandioses — « Vision Sport 2030 » et « Metye m se zam pam ». Pourtant, le communiqué reste remarquablement vague sur les moyens financiers, les échéances réelles, les mécanismes de suivi et les résultats attendus. Rien n’indique combien de jeunes seront réellement touchés, quels budgets seront engagés, ni comment ces projets seront protégés contre l’inefficacité chronique qui mine depuis des années les politiques publiques en Haïti.
Le gouvernement affirme vouloir “développer des projets structurants au bénéfice de la jeunesse haïtienne”, alors même que la majorité des jeunes du pays vivent dans une précarité extrême, sans accès stable à l’éducation, à l’emploi, à la sécurité ou même à des espaces sportifs fonctionnels. Dans ce contexte, les annonces répétées autour de “Vision Sport 2030” ressemblent davantage à un exercice de relations publiques qu’à une véritable stratégie nationale.
Le communiqué parle aussi de “structuration durable du sport haïtien” et de “développement des championnats interscolaires”. Pourtant, le pays manque cruellement d’infrastructures sportives dignes de ce nom. De nombreux terrains sont abandonnés, des centres sportifs restent sous-équipés, et les compétitions scolaires sont souvent paralysées par l’insécurité, le manque de financement et l’absence d’organisation. Annoncer aujourd’hui une “pépinière de jeunes talents” au Centre Sportif Perle Noire paraît totalement déconnecté de la réalité quotidienne vécue par des milliers de jeunes athlètes laissés sans accompagnement.
Plus surprenant encore, le ministère met en avant la préparation de la sélection nationale U-17 pour la Coupe du Monde 2026 au Qatar, comme si quelques performances sportives pouvaient masquer l’effondrement général du secteur jeunesse. Le football devient ainsi un outil de communication politique destiné à produire des images positives pendant que les problèmes structurels persistent.
Le programme « Metye m se zam pam », présenté comme une alternative pour les jeunes des quartiers vulnérables, soulève également des interrogations. Le texte parle d’“insertion socio-économique” et de “formation professionnelle”, mais sans aucune précision sérieuse. Quels métiers ? Quels centres de formation ? Quels débouchés ? Dans un pays où le chômage explose et où l’économie s’effondre, ces formulations vagues donnent l’impression d’un catalogue de bonnes intentions sans véritable plan d’exécution.
Autre élément révélateur : le communiqué insiste lourdement sur les “démarches techniques et diplomatiques” avec le Brésil. Cette dépendance permanente à l’aide et à l’expertise étrangères illustre surtout l’incapacité chronique des institutions haïtiennes à construire des politiques autonomes et durables. Depuis des décennies, les gouvernements multiplient les accords de coopération, les signatures symboliques et les partenariats internationaux, tandis que les conditions de vie des jeunes continuent de se détériorer.
Enfin, l’utilisation du sport comme “outil de prévention de la violence” sonne presque comme un aveu d’échec. Lorsque l’État n’est plus capable d’assurer la sécurité, l’éducation et l’accès à l’emploi, il tente de transformer le sport en solution miracle à une crise profondément politique, économique et sociale.
Au final, cette rencontre entre le MJSAC et Viva Rio ressemble moins à une avancée historique qu’à une nouvelle opération de communication gouvernementale. Beaucoup de déclarations, beaucoup de slogans, beaucoup de promesses… mais toujours très peu de garanties, de transparence et surtout de résultats tangibles pour une jeunesse haïtienne qui n’a plus le luxe d’attendre jusqu’en 2030.
Rédaction Zantray News