Le déplacement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé aux États-Unis, prévu du 19 au 24 avril 2026, est présenté comme une initiative diplomatique majeure. Pourtant, à la lecture du communiqué officiel, cette visite donne surtout l’impression d’un exercice de communication soigneusement emballé, mais pauvre en éléments concrets.
Le Chef du gouvernement sera accompagné d’une délégation particulièrement restreinte, composée de la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, et du conseiller spécial Guerly Leriche. Ce choix interroge : comment prétendre mener une mission qualifiée de « haut niveau » avec un dispositif aussi limité, sans experts sectoriels ni représentants techniques susceptibles de soutenir des négociations substantielles ?
Le communiqué met en avant le « renforcement du dialogue stratégique » et la volonté de « mobiliser un appui accru » en faveur de la stabilité et du développement. Mais ces formules restent vagues. Aucun objectif précis n’est défini, aucun résultat attendu n’est mentionné. L’absence de clarté sur les priorités de cette mission laisse penser que l’essentiel réside davantage dans l’affichage diplomatique que dans la recherche de solutions concrètes.
À Washington, le Premier ministre doit rencontrer des responsables d’institutions financières internationales, des organisations régionales et des autorités américaines. Là encore, aucun détail n’est fourni : ni les noms des interlocuteurs, ni la nature des discussions, ni les dossiers qui seront effectivement abordés. Une telle opacité alimente le scepticisme quant à l’impact réel de ces échanges.
Le passage à New York, incluant des consultations auprès de l’Organisation des Nations Unies, s’inscrit dans la même logique. Les « enjeux majeurs concernant Haïti » sont évoqués sans être explicités, comme si leur simple mention suffisait à donner du poids à la démarche. Or, dans un contexte où les défis sont multiples et urgents, cette absence de hiérarchisation des priorités est difficilement justifiable.
En conclusion, malgré les déclarations sur la « défense des intérêts supérieurs de la Nation » et la « promotion d’une coopération internationale efficace », ce déplacement semble manquer de cap clair et de transparence. À défaut d’objectifs précis et d’engagements mesurables, il apparaît surtout comme une vitrine diplomatique, dont les retombées concrètes pour la population haïtienne restent, à ce stade, hautement incertaines.
Mozard Lombard,
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